Les calculs d'Obama étaient erronés
Par Amnon Lord pour Jerusalem Post
Date de publication par Jerusalem
Post : le 21 juillet 2009
Titre original : Obama's calculations were wrong
Traduction : Objectif-info
J'admets que je me suis trompé sur l’orientation de la relation entre l'administration Obama et le gouvernement Netanyahou. Il semblait acquis pour tout le monde que la solution des deux État allait être mise au congélateur avec l’étiquette : « rubrique ‘solution’ ». Les différences entre le président Barack Obama et le premier ministre Benyamin Netanyahou auraient ainsi été cantonnées au niveau des principes. Sur le terrain, Obama aurait évité la confrontation avec Israël et travaillé avec Netanyahou pour accélérer la coopération économique entre Palestiniens et Israéliens.
Au lieu, Obama a choisi de se lancer dans une opposition frontale. Certains conseillers de Netanyahou estiment que ce
sont de proches collaborateurs du président comme Rahm Emmanuel qui ont pesé dans cette direction. Ces derniers pensent qu’ils comprennent la société et les données politiques israéliennes et ils
ont détesté Netanyahou au temps où ils servaient dans l'administration Clinton. Quelle qu’en soit la raison, cette confrontation a apparemment commencé dès le premier jour du mandat de Netanyahou
: quand il rendit visite à la Maison Blanche pour la première fois, un mois et demi après sa prise de fonction, il reçut déjà un accueil glacial.
C'était sans précédent. Même lors de la présidence de Jimmy Carter que beaucoup comparent à Obama, les premières visites
des premiers ministres Yitzhak Rabin et Menahem Begin étaient chaudes et amicales, au moins en apparence.
Cette stratégie de confrontation d’emblée était une erreur ; Obama a été abusé par ses conseillers. Des gens comme
Emmanuel et David Axelrod voyaient Israël dans le prisme d'une politique intérieure problématique conçue pour faire taire la communauté juive américaine et réduire au silence le prétendu lobby
juif. Ils avaient deux objectifs à l'esprit : décourager Israël de prendre une quelconque initiative, en particulier contre l'Iran, et modifier l'ordre des priorités de Netanyahou pour qu’il
passe de "l'Iran d'abord" à "la paix de notre temps" en Palestine.
Obama et ses hommes pensaient qu’en concentrant la pression sur la question des implantations ils joueraient une carte
habile, celle de la division entre le système politique israélien et une société largement ouverte, plongeant ainsi le pays dans une crise sociopolitique. Pour atteindre ce but, ils avaient une
arme de communication dont aucun acteur ordinaire ne dispose dans un conflit, que ce soit avec un adversaire ou un allié : en effet, certains des principaux porteurs de la parole publique en
Israël nourrissent une haine pathologique envers Netanyahou et sont prêts à collaborer à la guerre psychologique contre le gouvernement du pays. Comme les implantations constituent une question
sur laquelle il n’y a pas de consensus dans la société israélienne, ni parmi les amis de ce pays en Amérique, les hommes d'Obama ont pensé qu'elle pourrait provoquer une cassure entre Israël et
la communauté juive américaine.
Les calculs d'Obama étaient erronés. Bien que les citoyens israéliens soient loin d’être d’accord sur les implantations,
et que beaucoup accepteraient de les démanteler si c'était nécessaire pour un accord de paix définitif, il y a large consensus sur trois positions actuelles de Netanyahou. D'abord, que la
nucléarisation de l'Iran est la plus grande urgence et qu’elle peut exiger une action militaire. En second lieu, que les Palestiniens se sont montrés jusqu'ici incapables d'établir leur propre
État fondé sur le niveau de sécurité requis et sur la force de la loi. Cela signifie que tout territoire qui leur serait remis se transformerait en base terroriste, un jour aux mains du Hamas. Et
troisièmement, que tout État palestinien finalement créé ne constitue pas une menace pour Israël.
Dans son discours à l’université Bar-Ilan, en avalisant la naissance d’un État palestinien à ces conditions, Netanyahou a
comblé le dernier espace qui le séparait de la majeure partie des Israéliens. Ces derniers, qui ne sont pas entiché de Netanyahou, se sont néanmoins ralliés à lui parce que la pression
unilatérale et disproportionnée dirigée contre Israël dans cette conjoncture dégage l’odeur puante de l’apaisement. La façon ignoble dont Obama a utilisé Israël comme l’instrument de son
rapprochement avec le monde musulman était simplement trop transparente.
Ainsi Obama, qui était initialement très admiré par beaucoup de monde en Israël, a échoué dans sa tentative de provoquer
une crise politique et il a engrangé à la place une moisson de haine. En ce moment il est un objet de mépris en Israël, pour son manque de fibre morale concernant l'Iran et pour son putsch contre
les élections qui jette de l’huile sur le feu chez nous. Sa politique envers l'Iran et concernant Israël ont exposé au grand jour les faiblesses des États-Unis.
Un résultat de cette politique qui prend forme actuellement est le rapprochement entre Israël et l'Égypte. Les deux pays
sont préoccupés par le partage d’une frontière avec le régime fondamentaliste islamiste de Gaza ; tous deux se sentent menacés par l'Iran ; et tous deux sont troublés par l'effet déstabilisateur
des initiatives d'Obama dans la région et au-delà. Un résultat positif des développements survenus ces deux derniers mois est que l'Égypte et Israël se lacent des embrassades dans
l'obscurité.
L'auteur est le rédacteur en chef de Makor Rishon.
Cet article est paru à l'origine dans Bitterlemons-international
http://www.bitterlemons-international.org/previous.php?opt=1&id=281#1146
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