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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Vallée du Jourdain : zone stratégique

28 Janvier 2010 , Rédigé par mordeh'ai Publié dans #Réflexions

Par DORE GOLD
POUR JPOST
28.01.10
   

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a briefé les ambassadeurs, voix d'Israël à travers le monde, début janvier. Le sujet abordé : comment assurer la sécurité dans la perspective
d'un futur accord de paix avec les Palestiniens ?                                                                                                                            

                                                                                                                                       Photo: Ariel Jerozolimski , JPost


Il est vital, selon Netanyahou, de maintenir une présence militaire israélienne le long des points d'entrée du futur Etat afin d'empêcher que le territoire ne devienne un Gaza-bis, terrain d'un trafic d'armes de plus en plus sophistiquées. Le Premier ministre a une région en tête : la vallée du Jourdain, point stratégique pour garantir dans le futur la sécurité d'Israël.

Dans ce sens, Netanyahou s'inscrit dans la lignée des précédents Premiers ministres israéliens. Un mois avant son assassinat, Itzhak Rabin avait exprimé sa vision des futures frontières d'Israël devant la Knesset le 5 octobre 1995. Il avait d'abord déclaré qu'"Israël ne retournera jamais aux lignes du 4 juin 1967", avant de certifier que "le point stratégique de la défense israélienne sera la vallée du Jourdain dans le plus large sens du terme". Clairement, Rabin n'envisageait pas de protéger Israël à partir de la frêle rivière où les forces israéliennes seraient exposées à des feux hostiles. Au lieu de cela, il comptait exploiter les pentes raides des collines de Judée-Samarie qui s'élèvent à 3 000 mètres d'altitude
au-dessus du lit de la rivière situé en dessous du niveau de la mer.


Revendications palestiniennes plutôt qu'intérêt sécuritaire

Dans une interview au quotidien israélien Haaretz, le 14 avril 2005, Ariel Sharon explique qu'Israël doit contrôler la vallée du Jourdain, du sommet des collines jusqu'à la route Allon. Pourtant, dans les débats publics, il semble que la vallée en question ait été oubliée ces dernières années pour trois raisons.

Première explication : lorsque les stratèges militaires avaient évoqué dans le passé l'importance de cette vallée, Israël était toujours en guerre avec le royaume de Jordanie et préoccupé par l'émergence d'un front à l'est, avec en particulier les forces expéditionnaires irakiennes. Aujourd'hui, l'Etat hébreu a construit des relations solides avec la Jordanie et l'Irak de Saddam Hussein a été gravement affaibli durant la première guerre du Golfe en 1991, avant d'être défait en 2003 par l'armée américaine.
Dans ce contexte, certains ont certifié qu'Israël n'avait plus besoin de la vallée du Jourdain.

Deuxièmement, à partir du moment où les chefs d'Etat israéliens ont évoqué la possibilité de renoncer à 88, 93 ou 97 % de la Judée-Samarie, ils ont cessé de parler de la vallée du Jourdain qui représente entre 33 % et 44 % de la région. Ainsi, une stratégie diplomatique avec la vallée du Jourdain comme fer de lance aurait contredit les négociations de paix, qui se sont petit à petit centrées davantage sur les besoins palestiniens que sur les impératifs de la sécurité israélienne.

Troisièmement, dans le cadre des négociations, il a surtout été question des gros blocs d'implantation, comme Ariel, Givat Zeev, Maaleh Adoumim et le Goush Etzion. Israël pensait peut-être que dans l'hypothèse d'un retrait de Judée-Samarie, l'armée pourrait reprendre possession du territoire en cas de menace. Mais la guerre du Liban en 2006 et l'opération Plomb durci en janvier 2009 ont prouvé la complexité de ces larges opérations sur le terrain.


Zone idéale de tir de roquettes

L'opinion publique n'en a pas réellement conscience : l'erreur majeure du désengagement de 2005 a été surtout d'abandonner le corridor de Philadelphie entre la bande de Gaza et le Sinaï
égyptien, un no-man's land qui permet au Hamas de construire un réseau élaboré de tunnels.

Entre 2005 et 2006, le nombre de roquettes tirées contre Israël a augmenté de 500 %. De nouvelles armes, comme les missiles Grad, ont été utilisées pour la première fois contre Ashkelon. Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour comprendre ce qui se passerait en Judée-Samarie si Israël quittait la vallée du Jourdain.

Le corridor de Philadelphie est à Gaza ce que la vallée du Jourdain est à la Judée-Samarie. Par exemple, jusqu'à maintenant, Israël n'a pas été menacé par les roquettes Sa-7 capables de toucher l'aéroport Ben Gourion parce qu'elles sont très difficiles à introduire à l'intérieur de la Judée-Samarie tant que la zone était bouclée par les soldats de Tsahal. Pas plus qu'Israël doit faire face à des volontaires islamistes du même acabit que ceux d'Irak, d'Afghanistan, du Yémen ou de la Somalie, justement parce que Jérusalem mène bonne garde dans la vallée du Jourdain.


En réalité, dans son rapport annuel pour 2009, le Shin Bet (les services de sécurité intérieure) a noté une baisse de la menace terroriste contre Israël. Le seul point noir dans cette évolution positive est l'implication grandissante des groupes djihadistes, qui s'infiltrent dans la bande de Gaza. Clairement, ils se faufileraient en Judée-Samarie s'ils en avaient la possibilité.

Que dire des Jordaniens ? Pourquoi Israël a besoin de rester dans la vallée du Jourdain si l'armée du pays du Cèdre intercepte déjà les unités d'Al-Qaïda en provenance d'Irak et de Syrie ?


Les données du problème sont simples : si l'Etat hébreu devait retirer ses troupes de la vallée, cela reviendrait à dire aux terroristes : "Les portes de la Judée-Samarie sont grandes ouvertes." Le niveau de la menace monterait en flèche et les Jordaniens auraient bien des difficultés à empêcher le trafic d'armes. Sans aucun doute, Amman se trouverait déstabilisé. L'histoire le prouve. En 2005, la cellule irakienne d'Al-Qaïda a installé ses quartiers en Jordanie avant d'attaquer des hôtels et des bâtiments du gouvernement. Tout comme durant "Septembre noir" en 1970, l'arrivée massive de Palestiniens a provoqué une guerre civile.


Sur la question de la vallée du Jourdain, il faut savoir écouter les anciens. Il y a plus de trente ans, le mentor de Rabin dans le Palmah en 1948, Yigal Allon, avait résumé son plan pour "frontières défensives" dans le journal Foreign Affairs. Sa réflexion tenait en deux mots : la vallée du Jourdain. Une analyse toujours aussi pertinente aujourd'hui.


L'auteur est le président du Jerusalem Center for Public Affairs et a servi en tant qu'ambassadeur israélien auprès des Nations unies.

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