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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Syrie : Ce n’est pas qu’une question de liberté

5 Février 2012 , Rédigé par mordeh'ai Publié dans #Politique

Par Charles Krauthammer,

03 février 2012

http://www.washingtonpost.com/opinions/charles-krauthammer-syria--its-not-just-about-freedom/2012/02/02/gIQAYVhVlQ_story.html

Adaptation française de Sentinelle 5772 ©

 

Les régimes impériaux peuvent s’effondrer quand ils sont conduits hors de leurs principaux avant-postes. La chute du Mur de Berlin n’a pas seulement signalé la libération de l’Europe de l’Est de Moscou. Elle a préfiguré l’effondrement de l’Union Soviétique elle-même deux ans plus tard.

La chute de la Syrie de Bashar al Assad pourrait bien être aussi menaçante pour l’Iran. L’alliance avec la Syrie est la pièce centrale de la sphère d’influence en expansion de l’Iran, mini-Komintern qui inclut des vassaux tels que le Hezbollah armé et dirigé par l’Iran, devenu désormais le pouvoir dominant au Liban ; et le Hamas, qui contrôle Gaza et menace de prendre le reste de la Palestine (la Rive Occidentale) au faible Fatah.

De plus, l’Iran exerce une pression croissante en Afghanistan à l’Est et une influence grandissante en Irak à l’Ouest. Téhéran a même étendu son horizon à l’Amérique Latine, comme l’a symbolisé la tournée de solidarité du président Mahmoud Ahmadinejad à travers le Venezuela, l’Equateur, le Nicaragua et Cuba.

Entre tous ces clients, la Syrie est le plus important. C’est le seul pays arabe ouvertement allié à l’Iran non arabe. Cela est significatif parce que les Arabes considèrent les Perses comme ayant eu depuis des siècles des desseins de domination au Moyen-Orient. En effet, les armes et les formateurs iraniens, transférés du Hezbollah à travers la Syrie, ont conféré aux Perses leur premier avant-poste sur la Méditerranée en 2300 ans.

Mais la division arabo-iranienne n’est pas seulement nationale/ethnique. Elle est sectaire. Les Arabes sont majoritairement sunnites. L’Iran est shiite. Les Etats arabes craignent que l’Iran shiite n’inflitre la patrie Sunnite à travers (sauf en Irak) le Hezbollah au Liban, et en Syrie, dirigée par les alaouites d’Assad, surgeon hétérodoxe de l’islam shiite.

Voilà Pourquoi le destin du régime d’Assad est crucial au plan géopolitique. Il est bien sûr hautement significatif pour des raisons de démocratie et de droits de l’homme également. Le Baathisme syrien, qui n’est pas aussi capricieux et dément que la variante de Saddam Hussein, gouverne un Etat policier impitoyable qui a tué autrefois 20.000 personnes à Hama et en a tué aujourd’hui plus de 5400 au cours du soulèvement actuel. Les droits de l’homme – la décence – sont une raison suffisante pour faire tout ce que nous pouvons pour entraîner la chute d’Assad.

Mais l’opportunité stratégique ajoute à l’urgence. Avec son chapelet de clients ancrés à la Syrie, l’Iran est aujourd’hui la plus grande menace régionale – pour l’Arabie saoudite et les Etats su Golfe terrifiés par l’hégémonie nucléaire iranienne ; pour les régimes traditionnels menacés par la subversion jihadiste iranienne ; pour Israël, que l’Iran a promis d’annihiler ; pour l’Amérique et l’Occident que les Mollahs ont juré de chasser de la région.

C’est sans surprise que la Ligue Arabe, dont beaucoup de membres ne sont pas des humanitaires au cœur tendre, mettent une forte pression pour le départ d’Assad. Sa chute priverait l’Iran d’une place au milieu de la scène arabe et couperait son corridor vers la Méditerranée. La Syrie retournerait vers le camp sunnite. Le Hezbollah, agent de Téhéran au Liban, pourrait être le suivant de la liste, en se flétrissant sans le soutien syrien et le matériel iranien. Et le Hamas reviendrait à son parrainage égyptien.

Au bout de cette chaîne causale, l’Iran, dépouillée de ses alliés clés et titubant déjà sous les sanctions économiques contre son programme nucléaire, serait rejeté à terre. Les mollahs sont déjà assez chancelants pour leurs menaces presque suicidaires de blocage du Détroit d’Ormuz. La population qu’ils ont écrasée pendant la Révolution Verte de 2009 est toujours bouillonnante. Le régime est particulièrement vilipendé par la jeunesse. Et leurs tentatives croissantes de soutenir Assad financièrement et militairement n’ont fait qu’aggraver le sentiment anti-iranien dans la région.

Ce ne sont pas seulement les Arabes Sunnites qui s’unissent contre Assad. La Turquie, après un flirt récent pour une entente syro-irano-turque, s’est retournée fermement contre Assad, entrevoyant une opportunité pour étendre son influence, comme à l’époque ottomane, en tant que maître/protecteur des Arabes sunnites. L’alignement des forces suggère une opportunité unique pour que l’Occident contribue à achever le travail.

Comment ? D’abord par un boycott total de la Syrie, au-delà du seul pétrole, mais comprenant un embargo total sur les armes. Ensuite un flot d’aide à la résistance (à travers la Turquie, qui héberge à la fois des milices rebelles et l’opposition politique, ou directement et clandestinement en Syrie). Troisièmement, une résolution au Conseil de Sécurité appelant au départ du régime d’Assad. La Russie, dernier allié extérieur majeur d’Assad, devra être forcée soit à y adhérer, soit à encourir la rage des Etats arabes par son veto.

Faire passer la question par la force. Dessiner des lignes éclatantes. Montrer clairement la solidarité américaine avec la Ligue Arabe contre un Iran hégémonique et son vassal syrien chancelant. En diplomatie, il faut souvent choisir entre les droits de l’homme et un avantage stratégique. Voilà une rare occasion où nous pouvons faire progresser les deux – dans la mesure où nous ne nous compromettons pas avec la Russie ou ne nous relâchons pas jusqu’à la chute d’Assad.

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