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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Lorsque la presse israélienne véhicule la « pensée unique »

2 Juin 2011 , Rédigé par mordeh'ai Publié dans #Politique

Par Daniel Haïk,

Hamodia No 172 01 juin 2011,

www.hamodia.fr/

 

La très honorable prestation de Binyamin Nétanyaou devant le Congrès américain a permis de poser à nouveau le problème d'une presse israélienne à sens unique, qui même dans les moments d'exception ne parvient pas à s'élever au-dessus des querelles partisanes et qui systématiquement se positionne contre le Premier ministre, contre la coalition gouvernementale et par conséquent contre la majorité de la population israélienne. Constat d'un phénomène antidémocratique.

Dossier réalisé par Laly Derai et Daniel Haïk.

 

 Vers la fin des années 90, alors que le processus d'Oslo commençait à piétiner et que les propositions généreuses d'Ehoud Barak se heurtaient à une fin de non-recevoir de la part d'Arafat, plusieurs journalistes israéliens honnêtes comme Ehud Yéari (à l'époque spécialiste du monde arabe de la première chaîne) et Moché Negbi (spécialiste juridique de Kol Israël) l'avaient reconnu : « Étant donné que les faiseurs d'opinions appartiennent à 90 % à une partie bien spécifique de l'échiquier politique, la population israélienne n'est pas informée de toute la vérité sur le processus de paix ».

Depuis, plus d'une décennie s'est écoulée et rien n'a vraiment changé sur le fond : ni l'Intifada, ni la montée du Hamas, ni les missiles tirés sur Ashkélon et Ashdod n'ont modifié l'approche partisane d'une grande partie des journalistes commentateurs et éditorialistes israéliens. La plupart d'entre eux, telle une caste élitiste, continuent fidèlement à s'identifier aux positions idéologiques du parti Méretz tout en cautionnant avec beaucoup de sympathie les messages de la gauche véhiculés par ce qu'il reste du Parti travailliste et par Kadima. Ainsi, il faudrait être aveugle, sourd ou malhonnête pour ne pas admettre que la presse et les médias, censés être les « chiens de garde » de la démocratie israélienne, la bafouent allègrement et systématiquement en se montrant toujours plus généreux et moins incisifs envers les porte-parole de la gauche qu'envers ceux d'une droite pourtant aujourd'hui au pouvoir et nettement majoritaire sur l'échiquier politique israélien. En Israël, pays où la liberté de la presse frôle parfois l'anarchie, le CSA français aurait de quoi s'arracher les cheveux !

Le phénomène est tellement marquant que beaucoup d'Israéliens qui se démarquent de cette « pensée médiatique unique », prennent soin d'éviter les commentaires « éclairés » de ces journalistes pour trouver refuge auprès de plumes plus équilibrées comme celles de Dan Margalit (Israël Ayom), Avichaï Ben Haïm (chaîne 10), Kalman Lipskind ou Ben Dror Yémini (Maariv) ou bien auprès des sites internet moins partisans comme celui de Yoav Its’hak (News1) ou le fameux Latma qui connaît un succès international sur la Toile à la suite d'un clip de dérision sur la flottille turque. Pour cette opinion publique frustrée, le meilleur exemple de la mauvaise foi des faiseurs d'opinions porte un nom : Amnon Abramovitz. Celui qui occupe depuis plusieurs années la place très influente de grand éditorialiste du puissant JT de la seconde chaîne de télévision avait en effet stupéfait et scandalisé les Israéliens en affirmant lors d'un débat à l'institut Van Leer en février 2005, soit six mois avant l'expulsion du Gouch Katif, « que la presse et les médias devaient préserver Ariel Sharon comme un étrog, et l'entourer de coton pour le protéger au moins jusqu'à la mise en application du retrait de Gaza ». Pour Abramovitz, les soupçons de corruption qui pesaient alors sur Sharon devaient être mis de côté tant que le Premier ministre mènerait une politique conforme à celle de l'establishment médiatique favorable au démantèlement des implantations juives. Une attitude qui d'ailleurs s'est plus d'une fois répétée avec le successeur de Sharon, Ehoud Olmert lorsque celui-ci sera accusé lui aussi de corruption. D'une certaine manière, l'aveu d'Abramovitz sera l'un des détonateurs qui conduiront, par la suite, à la création par le milliardaire juif américain Sheldon Edelson du quotidien gratuit « Israël Ayom » venu au monde justement dans le but de rétablir un certain équilibre dans la couverture médiatique en Israël et dans la région.

En trois ans, et au grand dam de la famille Moses, propriétaire du « Yediot A’haronot », « le Israël Ayom » a réussi à briser l'hégémonie du Yediot et s'est imposé comme le titre le plus lu par les Israéliens. À tel point qu'aujourd'hui, plus personne ne se cache : le Yediot et le Maariv qui étaient, il y a peu, encore rivaux et ennemis jurés, ont enterré la hache de guerre pour s'unir et saper le pouvoir d'un Israël Ayom qu'ils qualifient avec mépris de « Bibiton » (le journal de Bibi). De facto, le Israël Ayom est aujourd'hui le seul parmi les grands « titres » israéliens à se positionner résolument aux côtés de Binyamin Nétanyaou, tout comme Le Monde et Libération « couvraient » chaleureusement la politique de Mitterrand ou comme le Figaro cautionne généralement celle de Nicolas Sarkozy...

Dans cette bataille pour la reconquête de la presse, le Yediot et le Maariv ne font pas de quartiers : ils ont mobilisé leur « artillerie lourde » en la personne de leurs deux principaux éditorialistes : Nahum Barnéa (Yediot) et Ben Caspit (Maariv) qui sont dans l'absolu de brillants écrivains, consacrent le plus clair de leur énergie journalistique à critiquer souvent de manière sournoise et mesquine ce Premier ministre idéologue de droite, à qui ils n'ont jamais pardonné l'élection en 1996, quelques mois après l'assassinat d'Its'hak Rabin et qui a surtout l'immense défaut d'être l'ami intime de Sheldon Edelson, patron d'Israël Ayom. Impossible de comptabiliser le nombre de manchettes publiées par ces deux quotidiens présentant Nétanyaou comme un homme politique « sous pression », « transpirant » et « aux goûts de luxe ».

Pour tenter de détruire Israël Ayom, les patrons du Yediot et du Maariv ont même encouragé dans leurs colonnes, le vote d'un projet de loi visant à interdire à toute personne qui ne serait pas de nationalité israélienne l'acquisition d'un journal. Ce projet a été avorté.

De manière presque paradoxale, dans cette presse israélienne généraliste, le Haaretz qui ne cache plus son orientation post sioniste-laïque et ouvertement libérale de gauche ferait presque office de « désaltérant honnête », capable de traiter l'actualité et de l'approfondir avec un certain sérieux. Même s'il revendique son élitisme et même si ses positions ne sont celles que d'une petite partie de la population israélienne, il a au moins le mérite de proposer à ses lecteurs une palette d'articles de bonne tenue et surtout ne cherche pas comme le Yediot A’haronot ou le Maariv à vouloir être à la fois un journal d'information et d'analyses doublé d'un relent de la presse « people », avide de scoops au quotidien.

Et puis, un détail qui confirme que l'idéologie sait laisser la place à des considérations financières : si le Haaretz se montre moins critique que le Yediot ou le Maariv envers le Israël Ayom c'est, peut-être, parce que le quotidien proche de la droite est imprimé sur ses presses… !

Dans un pays comme l'État d'Israël, qui continue à lutter pour son existence, la presse a certes le droit et souvent le devoir de critiquer le pouvoir et d'en révéler les carences. Mais elle doit surtout être capable de fournir une information fiable, honnête et sans le moindre parti pris.

Dans les années 70, le rédacteur en chef du « Washington Post » avait mis en garde Carl Berstein et Bob Woodward, les deux journalistes qui venaient de lui révéler l'origine de l'affaire du Watergate : « Surtout, veillez à ce que votre action n'aille jamais à l'encontre de l'intérêt de la Nation », leur avait-il dit avant de les encourager à poursuivre leur enquête. Malheureusement, il n'est pas certain que les faiseurs d'opinions de la presse israélienne s'embarrassent aujourd'hui de ce genre de considération.

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