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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Le nord d'Israël : un nouveau Far West ?

3 Décembre 2009 , Rédigé par mordeh'ai Publié dans #Société

Par  Ron Friedman
30.11.09
 

A l'heure où le soleil décline sur le sud de la Galilée, Gaï Douabe, 19 ans, se prépare pour sa nuit de guet. Pendant que les jeunes de son âge profitent des dernières belles soirées de la saison pour sortir boire un verre, allumer un feu de bois sur la plage ou se détendre simplement devant la télévision, Douabe passera les neuf prochaines heures dans un abri isolé, sans air conditionné ni eau courante, surplombant d'immenses étendues de prairies. Sa mission : scruter la nuit, à l'affût du moindre bruit ou mouvement suspect avec, pour seule compagnie, deux chiens qui ont élu domicile dans le poste d'observation de Sando, situé à cinq kilomètres au nord-ouest de Nazareth.

Des vaches paissent dans un élevage de Galilée. Chaque kilomètre de clôture coûte 22 000 shekels.
Photo: Ron Friedman , JPost

Douabe est l'un des bénévoles de plus en plus nombreux du groupe Hashomer Hahadash (les nouveaux gardiens). Chaque nuit, d'autres jeunes comme lui investissent des postes d'observation nouvellement établis aux sommets de collines, afin de préserver les champs et les prairies d'élevage juifs des actes de sabotage, de vol ou d'intimidation.

Leur objectif ? Rendre la vie à nouveau supportable aux agriculteurs et éleveurs de la région, qui souffrent depuis des années de ces incursions nocturnes commises par des malfaiteurs des environs. Maintenir une présence physique pour réaffirmer : cette terre nous appartient et nous avons bien l'intention de la garder.

Le fondateur et dirigeant de l'Hashomer Hahadash, Yoël Zilberman, 25 ans, teint hâlé et stature de combattant d'élite - ce qu'il était encore il y a peu, pourrait poser pour une publicité vantant les mérites de la vie au grand air. Né au Moshav Tzipori tout proche, il représente la troisième génération d'une famille d'éleveurs de bétail. Le poste d'observation de Sando, situé sur une terre appartenant à sa famille, porte le nom de son grand-père. C'est là qu'est née l'idée des Nouveaux Gardiens et que le mouvement a démarré.


Comme au temps du yishouv

"Mon père exploite dans ces collines 5 000 dunams (1 200 acres), que l'Etat lui loue à bail. De quoi fournir des pâturages à 400 têtes de bétail. Il y a trois ans, il a failli tout abandonner. Il ne supportait plus les attaques et infiltrations nocturnes des bergers bédouins du village d'en face", explique Yoël. "Voilà des années que cela dure. Je me souviens que, quand j'étais petit déjà, ils lançaient des pierres sur mon père et mon grand-père." En voyant son père prêt à vendre son troupeau et changer de métier, Yoël a compris qu'il devait faire quelque chose. A l'époque, il était encore à l'armée ; il a parlé de la situation à ses supérieurs, qui l'ont libéré provisoirement pour lui permettre d'aller défendre les terres de sa famille.

"On ne contrôlait plus rien", raconte-t-il. "On retrouvait parfois des arbres débités et des champs brûlés. Des gens recevaient des menaces et certains étaient même victimes d'agressions. C'est là que j'ai commencé à passer mes nuits là-haut."
"Au début, je m'abritais dans un vieux conteneur", poursuit-il. "Plus tard, nous avons construit cet abri et tout ce que vous voyez là." Il désigne une petite cabane de bois, ainsi qu'un jardin potager en mauvais état. Sur le côté, un carré recouvert d'une large bâche procure de l'ombre à quelques chaises. "Vous trouvez peut-être tout cela un peu bizarre", continue Yoël. "Mais pour moi, on en revient toujours aux paroles de Hassan Nasrallah [le chef du Hezbollah] après le retrait israélien du Liban, en 2000." Dans un discours, le dirigeant chiite avait déclaré qu'Israël jouissait certes d'une supériorité militaire, mais que ses citoyens ne possédaient pas la ténacité et la résolution nécessaires pour défendre leurs intérêts nationaux. Pour Yoël, il ne s'agit donc pas seulement d'une bataille personnelle, mais aussi et surtout d'un combat pour préserver le caractère du pays. Voilà pourquoi, déterminé à réagir, il a lancé le mouvement Hashomer Hahadash, nommé ainsi en hommage aux premiers Shomrim (gardiens) qui protégeaient les fermiers du Yishouv des attaques de leurs voisins arabes.

A cette époque, la Galilée était une région faiblement peuplée de l'empire ottoman, rattachée à la vilayet (province) de Beyrouth. Sa population se composait d'Arabes chrétiens, d'Arabes musulmans, de Druzes, de Circassiens et de Juifs. Ces derniers étaient organisés en petites communautés agricoles très dispersées et privées d'une direction apte à assurer leur cohésion, de sorte qu'ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes pour assurer leur sécurité. Les "Shomrim" d'alors patrouillaient à cheval champs et pâturages et pourchassaient les chapardeurs et les saboteurs. Pour les fondateurs du groupe, rescapés des pogromes d'Europe, il fallait que les Juifs du futur Etat d'Israël sachent se défendre. Premiers Juifs du Yishouv à prendre les armes, les Shomrim sont ainsi devenus les symboles de l'indépendance juive moderne et leurs fondateurs, de véritables légendes. C'est l'un d'eux, Alexander Zaïd, que l'Hashomer Hahadash a choisi comme emblème : l'image de cet homme à cheval représente l'organisation.


De l'idéologie de garder un héritage juif

"J'ai planté un drapeau israélien au sommet de la colline et les gens sont peu à peu venus me rejoindre", raconte Yoël. "Avec eux, ils amenaient leur histoire." Par exemple, celle du kibboutz Kfar Hanassi, qui a fini par céder une partie de ses terres à la suite d'attaques de ses ouvriers agricoles, de bétail volé ou retrouvé mort, de stocks de nourriture pour bétail et de terrains agricoles incendiés. Ou celle d'Amir Engel, un berger de Tel Adashim tué par des hommes du village arabe voisin Tamra, ou de Motti Peretz, dont la voiture a été prise en embuscade et criblée de jets de pierres alors qu'il se trouvait dans sa propriété, près de Turan.

"Nous nous sommes aperçus que le phénomène était bien plus répandu que nous ne le pensions", explique Yoël. "Nous avons appris que beaucoup de Juifs finissaient par vendre des terres aux Arabes, qui les achetaient grâce à des fonds venus de l'étranger. Nous avons également découvert que des agriculteurs et des chefs d'entreprises payaient un droit de protection, afin d'épargner leurs terres et leurs biens du vandalisme et des vols. Ce qui se passe ici exige donc une présence constante. Pour contrôler un territoire, il faut y être physiquement.
" L'Hashomer Hahadash compte actuellement 250 bénévoles, dont chacun assure de 7 à 28 nuits de garde par an. Ils se répartissent sur quatre postes de guet, dont trois en Galilée et un dans le Néguev, tous situés sur des terres appartenant à des agriculteurs.  lire la suite

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