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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Le feuilleton tunisien de la ''Grande'' réconciliation palestinienne

13 Janvier 2012 , Rédigé par mordeh'ai Publié dans #Point de vue

Editorial de la semaine du 14/01/2012
Par Marc Femsohn pour Guysen International News  

12 janvier 2012

reçu par mail

Le Premier ministre du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a entamé une tournée dans plusieurs pays du Moyen-Orient qui pourrait bien sonner le glas de la tentative de réconciliation palestinienne pourtant célébrée à grands renforts médiatiques, il y a quelques mois au Caire.

 

Après être passé par l'Egypte pour rencontrer les "Frères", puis par le Soudan pour rendre visite à son ami el Béchir sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide (excusez du peu), après avoir remercié la Turquie et son Premier ministre islamiste Erdogan pour son combat contre "l'entité sioniste", voilà que notre cher Ismaïl est arrivé dans la nouvelle Tunisie islamiste, accueilli à l'aéroport aux cris de "mort aux Juifs" par une foule en délire.

Notons avec plaisir que la démocratie a remplacé la dictature de Ben Ali : on peut enfin s'exprimer librement en Tunisie, merci Monsieur Juppé…

Il est vrai que le parti Ennahda a dénoncé les "slogans antisémites contraires à l'esprit de l'Islam". Des excuses aussi sincères que celles de la députée Israël Beteïnou Anastasia Michaëli après avoir jeté un gobelet d'eau au visage du député travailliste Rajeb Madjadleh…

Le gouvernement islamiste, en accueillant Haniyeh avant Mahmoud Abbas a déjà réussi à se fâcher avec l'Autorité palestinienne qui a tout simplement rejeté d'un revers de manche dédaigneux et irrité, l'invitation à se rendre à Tunis pour la célébration du premier anniversaire de la "révolution du Jasmin". Ce sera l'anonyme ministre des Affaires étrangères Riyad al-Malki qui représentera les Palestiniens aux festivités.

Mais ce qui rend également furieux Abbas, c'est l'exploitation par Haniyeh de son titre de Premier ministre pour lier son mouvement, le Hamas, aux succès du "printemps arabe", affichant une politique étrangère indépendante de celle de l'AP, enfonçant ainsi un nouveau clou dans le cercueil de la réconciliation palestinienne.

En effet, Haniyeh a rencontré non seulement le chef du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi, mais il a également été reçu, en grandes pompes, par le Premier ministre Hamadi Jebali et le président Marzouki, ce qui constitue un incontestable succès pour le Hamas avec lequel le "printemps arabe" semble avoir davantage d'affinités.

Et s'il vous faut des preuves concrètes de la qualité des relations entre Haniyeh et Abbas, je vous les livre : l'absence remarquée d'un représentant officiel palestinien pour accueillir le Premier ministre Haniyeh à l'aéroport de Tunis. Et aussi l'ambassadeur palestinien à Tunis, Salman al Herfi, quittant précipitamment la Tunisie la veille de l'arrivée du chef du Hamas, mais prenant tout de même soin de déclarer : "les autorités tunisiennes ne m'ont pas mis au courant des détails de la visite de M. Haniyeh". En outre, un responsable de l'Autorité palestinienne confie, sous couvert d'anonymat : "cette visite ne sert pas les efforts actuels en vue de la réconciliation palestinienne entre le Fatah et le Hamas, il s'agit d'une faute politique".

Lors de sa visite, Haniyeh a exprimé sa joie en constatant que les temps ont changé : "Israël ne peut plus compter sur des alliés en Egypte, en Turquie et en Tunisie". Il n'a peut-être pas tort, car c'est un fait qu'il devient difficile pour Israël de trouver des points d'appui dans la région. Mais il s'avère que cette tâche est encore plus ardue pour l'Autorité palestinienne après l'humiliation que constitue la visite du chef terroriste de Gaza, surtout lorsqu'on se remémore les relations si chaleureuses entre le Fatah et la Tunisie qui hébergea Yasser Arafat de 1982 à 1994.

La Turquie, l'Egypte et la Tunisie ont chacune des raisons bien particulières d'accueillir affectueusement Ismaïl Haniyeh. Les gouvernements de ces pays souhaitent présenter à leur opinion publique une politique étrangère indépendante, audacieuse, et provocante à l'égard des normes internationales imposées par les Occidentaux. Car comment pourrait s'exprimer la politique islamiste de la Tunisie, par exemple, si ce n'est en caressant diplomatiquement dans le sens du poil un autre gouvernement islamiste frère, par exemple celui de Gaza ?

Pour le turc Erdogan comme pour le tunisien Marzouki, c'est une opportunité de gagner des points de popularité au sein de leur opinion publique, sans grand investissement ou risque politique. Ces gouvernements sont également peu disposés à soutenir un processus de réconciliation palestinienne alors qu'une de deux parties, à savoir les "frères" du Hamas, n'y voient pas grand intérêt.

Cette visite aura donc permis de faire un double constat.

D'une part, la faiblesse actuelle du président de l'Autorité palestinienne et chef du Fatah, Mahmoud Abbas. Deux entités politiques palestiniennes, en dépit de toutes les tentatives de réconciliation, agissent et travaillent aujourd'hui l'une contre l'autre. La première entité, l'Autorité palestinienne, tente d'obtenir une légitimité et une reconnaissance au sein du concert des nations, pendant que l'autre entité, le Hamas islamiste, cherche à conquérir les cœurs du monde arabo-musulman. Deux voies parallèles qui nous permettent de douter qu'elles puissent se rencontrer à court et même à moyen terme.

D'autre part, les faits qui contredisent les grands théoriciens défendant l'islamisme "modéré".

La visite de Haniyeh a prouvé la solidarité des soi-disants gouvernements islamistes modérés avec les terroristes islamistes de Gaza.

Voilà le principal enseignement que l'on peut tirer de "printemps arabe" qui a amené "la liberté", surtout celle de haïr.

 Alors, que pouvons-nous attendre des discussions en Jordanie entre l'émissaire de Binyamin Netanyahou, l'avocat Yitshak Molcho et le négociateur palestinien Saëb Erekat représentant d'un Mahmoud Abbas dont nous venons de constater la faiblesse dans une région en pleine ébullition islamiste d'un "printemps" qui ne finit pas ?

Rien, si ce n'est d'appliquer la bonne vieille doctrine du "wait and see".

Pour Israël, il est urgent d'attendre.

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