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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Israël, le cheval puissant

13 Avril 2010 , Rédigé par mordeh'ai Publié dans #Politique

Par CAROLINE GLICK

JERUSALEM POST 09/04/2010

http://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Article.aspx?id=172706

Adaptation française de Sentinelle 5770

 

Pour survivre et se développer, Israël doit redonner à croire aux semblables d’Abdullah de Jordanie qu’Israël est le cheval puissant de la région. Que demande le roi Abdullah de Jordanie à Israël ?

Cette semaine, Abdullah a donné au ‘Wall Street Journal’ un long entretien très cité. Il parut là prier le président américain Barack Obama de mettre encore davantage la pression sur le Premier ministre Benyamin Netanyahou. Comme il le fit en nombre d’occasions, Abdullah a mis en avant que le conflit palestinien avec Israël est la cause ou la justification de toute la violence et des menaces émergentes dans la région.

Selon ses dires, toutes les menaces, y compris la menace nucléaire de l’Iran, disparaîtra si Israël acceptait toutes les exigences territoriales palestiniennes (et syriennes).

La critique de Netanyahou par Abdullah a dominé les informations en Israël la plus grande partie de la semaine écoulée. Commentateurs et journalistes ont mis le paquet, attaquant Netanyahou responsable selon eux de tout ce qui restait de la bonne renommée d’Israël. Dans leur précipitation pour attaquer le Premier ministre, aucun ne s’arrêta pour penser qu’ils perdaient de vue quelque chose de fondamental de l’entretien d’Abdullah.

Mais ils manquaient bel et bien quelque chose. Car il y a une autre manière d‘interpréter les complaintes d’Abdullah. Pour le comprendre, cependant, il est nécessaire d’envisager les contraintes stratégiques suivant lesquelles opère Abdullah. Et les media israéliens, comme les media occidentaux dans leur ensemble, sont incapables de reconnaître qu’Abdullah a des contraintes qui lui rendent impossible de dire directement ce qu’il signifie.

Abdullah est un Hachémite qui dirige un pays à prédominance palestinienne. Son pays a été taillé par les Britanniques comme prix de consolation pour son grand-père après que les Hachémites eurent perdu la Syrie attribuée aux Français. Comme minorité démographique et greffon ethnique, les Hachémites n’ont jamais été en position de se défendre eux-mêmes ainsi que leur royaume contre leurs ennemis domestiques ou étrangers. Par conséquent ils ont toujours été dépendants de puissances extérieures – d’abord la Grande-Bretagne, puis Israël, et à un moindre degré les USA – pour leur survie.

Quand on a en tête la situation difficile d’Abdullah, ses déclarations au journal commencent à sonner moins comme une diatribe contre Israël et plus comme un plaidoyer pour qu’Israël soit fort. Par exemple, sa déclaration : « d’une certaine façon, je pense que la Corée du Nord a de meilleures relations internationales qu’Israël », peut être interprétée comme une lamentation.

Abdullah craint la guerre et il reconnaît que l’axe iranien, qui comprend la Syrie, le Liban, des éléments de l’Autorité Palestinienne et des éléments de l’Irak – est la plus grande menace pour son régime. La Syrie, qui a envoyé les terroristes à la bombe d’al Qaïda qui ont fait explosé des hôtels à Amman en 2005, menace aujourd’hui la Jordanie de façon plus pesante qu’elle ne le fit en 1970, quand elle soutint l’OLP dans sa tentative de renverser le père d’Abdullah. A l’époque, Israël intervint et sauva les Hachémites.

La préoccupation d’Abdullah quant à l’Iran était claire à travers tout l’entretien. De fait, la plus grande partie de sa critique d’Israël doit être vue à travers le prisme de sa crainte évidente que la course de Téhéran à la domination régionale ne sera pas empêchée.

La raison pour laquelle les media d’Israël – comme les media américain et européens – ne sont pas parvenus à considérer ce qui motive le discours d’Abdullah, c’est parce qu’aussi bien Israéliens et Occidentaux souffrent d’un narcissisme aigu qui les empêchent de rien voir d’autre qu’eux-mêmes. Aussi plutôt que de voir les évènements de la perspective d’Abdullah et considérer ce qui peut motiver son discours, ils interprètent ses déclarations pour servir leurs propres objectifs idéologiques. Dans le cas des media dominés par les gauchistes, ils se sont jetés sur les déclarations d’Abdullah comme une nouvelle preuve qu’il faut reprocher à Israël, et en particulier à Netanyahou, toutes les pathologies des Arabes et toutes les menaces du Moyen-Orient. Si seulement Israël pouvait être contraint d’abandonner des territoires, tout irait bien.

La plus grande partie de ce que l’Occident à manqué sur le monde arabe nous est rapporté dans un nouveau livre magistral. ‘The Strong Horse: Power, Politics, and the Clash of Arab Civilizations [Le cheval puissant : Pouvoir, Stratégie politique, et l’Affrontement entre les civilisations arabes], par Lee Smith : c’est une contribution unique et essentielle au débat actuel sur le Moyen-Orient parce que plutôt que d’interpréter les Arabes à travers les lentilles idéologiques de l’Occident, Smith les décrit, ainsi que leurs motivations culturelles et politiques, comme les Arabes – suivant toutes leurs variantes ethniques, religieuses, idéologiques, nationales et tribales – se perçoivent eux-mêmes.

Smith, né à New York, était le rédacteur en chef littéraire du journal ‘The Village Voice’ quand des pirates de l’air arabes détruisirent le ‘World Trade Center’ le 11 septembre 2001. Stimulé par ces attaques, il se rendit au Moyen-Orient pour essayer de comprendre ce qui venait de frapper sa ville. Smith alla au Caire, où il étudia l’Arabe et se plongea au sein des forces culturelles et politiques qui l’environnaient. Après une année, il partit à Beyrouth, où il demeura trois années supplémentaires.

‘The Strong Horse’ s’adresse à deux audiences occidentales, la Gauche, ou les « réalistes » autoproclamés, qui souscrivent à la croyance que les Arabes n’ont pas d’intérêts particuliers mais sont plutôt motivés par à agir par des forces extérieures et en particulier par les USA et Israël ; et les néo-conservateurs, qui croient qu’au fond du cœur, les Arabes ont pour seul désir la démocratie libérale de style occidental.

Smith rejette ces deux perceptions. A la place, en racontant les narrations d’hommes et de femmes qu’il a rencontrés pendant son séjour dans la région, et en les tissant avec les histoires de l’ascension et de la chute des dirigeants arabes culturels, religieux et politiques depuis l’aube de l’islam il y a 1400 ans, Smith présente quelques explications fondamentales du monde arabe qui replacent les actes de chacun, depuis Oussama ben Laden jusqu’au roi de Jordanie Abdullah dans leurs contextes régional et local. La localisation de ces explications ouvre à son tour un nouvel ensemble d’options pour les Occidentaux, et en particulier pour les Israéliens à la recherche de voies pour se confronter aux pathologies de la région, qui impliquent des stratégies politiques moins emportées que les grands concepts pourtant futiles de construction de la paix, ou de restructuration fondamentale des contrats sociaux des sociétés arabes. Smith développe six éclairages centraux dans son livre.

L’histoire politique arabe est celle du puissant régissant le faible par la violence. Le terrorisme islamique et la tyrannie gouvernementale sont les deux faces de la même pièce de la pathologie politique arabe.

Les principes démocratiques libéraux n’exercent aucun attrait pour la grande majorité des Arabes, qui croient que la politique est, et doit demeurer de droit, une entreprise violente et ils préfèrent une saga de résistance à une histoire de liberté.

Les réformateurs libéraux arabes ne veulent pas se battre pour leurs principes. La période de 1400 ans de domination sunnite sur les minorités non sunnites est aujourd’hui sérieusement menacée pour la première fois par l’alliance iranienne contrôlée par les shiites comprenant la Syrie, le Liban, et le Hamas.

Et finalement, qu’il existe des rivalités au sein du monde arabe, et c’est le désir de diriger et d’être reconnu comme le cheval puissant qui motive les jihadistes à mener des guerres perpétuelles contre Israël et l’Occident et contre les régimes de Jordanie, d’Egypte, et aussi d’Arabie saoudite.

Comme l’explique Smith, les dirigeants arabes modernes considèrent Israël comme un cheval puissant potentiel qui pourrait vaincre l’axe shiite en ascension qui les menace. Et maintenant, comme les USA sous la direction d’Obama abandonnent leur rôle de direction dans les affaires du monde en se tournant contre leurs alliés et en essayant d’apaiser leurs ennemis en diminuant la puissance militaire de l’Amérique elle-même, Israël est le seul espoir des sunnites pour battre l’alliance shiite. Si Israël n’empêche pas l’Iran de devenir une puissance nucléaire, alors les semblables des rois Abdullah de Jordanie et d’Arabie saoudite et l’Egypte d’Hosni Moubarak seront obligés d’accepter l’hégémonie régionale de l’Iran.

Quand on l’observe sur l’arrière plan de l’analyse de Smith, il est clair que comme son père le fit en soutenant Saddam Hussein contre l’Arabie saoudite dans la conduite de la guerre du Golfe en 1991, Abdullah couvrait ses paris dans son entretien avec le journal. Si Israël ne parvient pas à agir, il veut que l’on se souvienne de son expression d’animosité à l’encontre de l’Etat juif et de son blâme pour tous les problèmes de la région. D’un autre côté, il a utilisé l’entretien comme une opportunité pour adresser de nouveau un message à tous ceux qui veulent bien entendre qu’il veut qu’Israël s’affirme et continue de protéger son royaume.

La reconnaissance qu’un Israël puissant est la force la plus stabilisatrice dans la région est peut-être la principale victime de l’histoire de la Gauche de la terre contre la paix, et du modèle de solution à deux Etats qui prescrit fautivement la faiblesse d’Israël comme le principal contributeur potentiel à la stabilité de la région. Parce qu’Israël est le croquemitaine commode de tout un chacun, il ne peut former des alliances permanentes avec aucun de ses voisins et en conséquence, il ne peut bâtir de coalition contre aucun autre Etat. Du fait qu’il sera toujours la première cible des acteurs les plus radicaux de la région, Israël a un intérêt permanent à les vaincre ou, au minimum, d’empêcher ces acteurs de lui causer un mal catastrophique.

Enfin, bien que personne ne l’admette, chacun sait qu’Israël n’a ni la possibilité, ni le désir d’acquérir ou de régenter des territoires arabes, et donc personne n’a de raison de craindre sa puissance. Depuis les 62 dernières années, Israël n’a utilisé la force que pour se protéger quand il était convaincu qu’il n’avait pas d’autre option, et il ne détient que des territoires destinés au Foyer juif par la Ligue des Nations il y a 90 ans, ainsi que des territoires vitaux pour son autodéfense.

Smith vivait à Beyrouth quand le Hezbollah a lancé sa guerre contre Israël en juillet 2006. Comme il le raconte :

« Quand le gouvernement d’Ehud Olmert décida de faire la guerre contre le Hezbollah à l’été 2006, tous les allies arabes de Washington…étaient fous de joie. Avec les Américains qui avaient renversé un pilier de sécurité sunnite – Saddam – et se trouvaient immobilisés en Irak, Riyad, le Caire et le reste sentirent que les Iraniens touchaient terre et qu’ils étaient vulnérables. Bien qu’ils fussent incapables de rien faire par eux-mêmes, les puissances sunnites… voulaient voir reculer le bloc iranien ».

Malheureusement pour eux, Olmert et son gouvernement ne furent pas capables de bien conduire Israël en guerre et en quelques semaines, ils montrèrent qu’ils n’avaient aucune idée de la manière d’accomplir leur objectif déclaré : écraser le Hezbollah. Quand cette réalité fit son chemin, et que les masses arabes se rallièrent derrière l’Iran, le Hezbollah et la Syrie contre leurs propres gouvernements, « les régimes sunnites ne purent pas en supporter davantage et exigèrent que les Etats-Unis décident d’un cessez-le-feu immédiatement ».

Sans doute, en partie suite à leur déception par rapport au résultat militaire d’Israël au Liban et ensuite à Gaza, les dirigeants comme Abdullah de Jordanie sont pessimistes aujourd’hui quant à l’avenir. Mais il n’y a pas de doute non plus vers qui vont leurs encouragements. Et cela a une profonde signification pour Israël, non seulement alors qu’il prépare ses plans pour se confronter à l’Iran, mais aussi quand il considère ses priorités nationales.

Depuis trop longtemps, les dirigeants d’Israël ont cru que pour se développer régionalement, il doit convaincre l’Occident de le soutenir politiquement. Mais le fait est qu’Israël est en Asie, pas en Europe ni en Amérique du Nord. Pour survivre et se développer, Israël doit redonner à croire aux semblables d’Abdullah de Jordanie qu’Israël est le cheval puissant de la région. Et quand il l’aura fait, avec ou sans des traités de paix formels, avec ou sans des démocraties florissantes dans l’ensemble de la région, Israël facilitera la paix et la stabilité régionales au bénéfice de tous.

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