par Me B. RAMAS-MUHLBACH
source : Israel Infos
Le 30 juin 2009, la presse israélienne a révélé que le Président Français Nicolas Sarkozy avait demandé au Premier Ministre israélien de se débarrasser du Ministre des Affaires Etrangères
Avigdor Libermann (lors de leur rencontre du 25 juin). En comparant ce dernier à Jean Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy lui a ordonné : «Sortez-le du gouvernement et remplacez le par Livni. Avec elle
et Ehud Barak vous pouvez créer l'histoire». Le Président Français a alors insisté sur le plaisir qu'il avait toujours partagé en accueillant les chefs de la diplomatie israélienne telle Tzipi
Livni, mais qu'avec «celui-là (Lieberman)», il ne le pouvait pas.
Cette suggestion constitue en réalité une ingérence dans la politique intérieure israélienne, c'est-à-dire une immixtion dans la souveraineté de l'Etat d'Israël au mépris du mandat donné par le
Peuple Israélien. Rappelons en effet que, contrairement au système français dans lequel le Président de la République élu au suffrage universel désigne le premier Ministre et lui confie le soin
de former le gouvernement, le système politique israélien repose sur une proportionnelle intégrale. Le Président de l'Etat désigne comme premier Ministre, le représentant du parti politique
vainqueur aux élections législatives ou qui est en mesure de recueillir la plus large majorité sur un programme négocié avec les autres partis politiques représentés à la Knesset. Il forme alors
le gouvernement avec les personnalités de ces partis et s'entend sur une ligne politique sur laquelle il pourra solliciter leur confiance.
Lors des dernières élections législatives en Israël, le parti Kadima est certes arrivé en tête, mais Tzipi Livni s'est révélée dans l'impossibilité de former un gouvernement et de proposer un
programme susceptible d'emporter l'adhésion d'une majorité des membres de la knesset. C'est donc à Benjamin Netanyahu, arrivé second en terme de voix, que cette mission a été dévolue. Celui-ci a
donc pris en considération les aspirations du peuple israélien qui avait placé le parti d'Avigdor Libermann en troisième position, en lui confiant un poste ministériel conforme au choix
populaire.
Théoriquement, il n'appartient pas à un Président d'un autre Etat démocratique de s'immiscer dans la volonté populaire exprimée par un autre Etat démocratique, sauf à méconnaître les règles du
fonctionnement démocratique ou autrement, à considérer que le principe même de la démocratie n'est qu'un leurre et qu'il est toujours envisageable de passer outre un suffrage exprimé.
Bien évidemment, il est facile de comprendre les motivations du Président Français qui encourage un accord de paix global au Proche Orient avec à terme, la perspective de créer un Etat
palestinien. Or, compte tenu de ce que le Ministre des Affaires étrangères israélien est perçu au sein du monde arabe comme un obstacle à la paix (eu égard à ses prises de positions radicales),
le Président français a cru pouvoir suggérer une autre orientation.
Pour autant, il ne faudrait pas se tromper de cible.
Le choix d'Avigdor Libermann au Ministère des Affaires étrangères traduit la volonté de l'Etat hébreu d'en finir une bonne fois pour toute avec ces messages édulcorés, vides de sens, qui disent à
la fois tout et leur contraire, qui se risquent au pari impossible de ménager des sensibilités fondamentalement inconciliables, et qui s'obstinent à croire que les palestiniens ne pourront
exister que si les juifs renoncent à s'affirmer en tant qu'entité autonome, et finissent, tout comme les sages des contes et fables de Tolstoï, à céder parce qu'ils sont les plus
intelligents.
Avigdor Libermann n'est pas un responsable politique à la langue de bois : il a le courage de dire haut et fort ce qu'une majorité susurre en silence tout comme le fait d'ailleurs le Président
Français lorsqu'il s'exprime sans ambages sur les situations nationales ou internationales. Pourquoi donc ne pas poser une bonne fois pour toutes, les véritables problèmes du Proche Orient et ses
sources d'instabilité.
Le Hamas tout d'abord, bien qu'élu démocratiquement par les résidants de la bande de gaza, ne veut pas entendre parler d'un Etat Juif à ses cotés. Il dispose d'une Charte adoptée le 18 août 1988
(contenant 36 articles) dont l'idéologie repose sur le nationalisme palestinien (article 6), l'antisémitisme (article 7), la volonté de créer un Etat islamique sur la Palestine mandataire
(article 9, 11 13) et le refus de négocier avec Israël (article 13,15). Le Président Français pourrait donc utilement proposer à ces palestiniens d'abandonner les principes de leur Charte et de
rédiger un nouvel acte qui serait un message de réconciliation avec les voisins juifs. Il ne serait alors pas besoins d'exiger l'éviction de l'actuel Ministre des Affaires étrangères.
De même le Hezbollah libanais, milice chiite islamique créée en réaction à la présence juive au Liban en juin 1982 et transformé par la suite en parti politique, conserve son arsenal militaire en
qualité de résistant à la présence israélienne (bien qu'il n'y ait plus d'âme israélienne au Liban). Ce mouvement n'hésite d'ailleurs pas à utiliser cet armement comme au cours de l'été 2006, tel
un électron autonome des institutions libanaises dès qu'il estime que le besoin s'en fait sentir. Une fois encore, le Président français pourrait suggérer à Hassan Nasrallah de respecter la
résolution «1559» adoptée par le Conseil de Sécurité de l'Onu le 2 septembre 2004 qui appelle au respect de la souveraineté et de l'indépendance politique du Liban, au désarmement et à la
dissolution des milices. Si le Hezbollah restituait ses armes à une instance internationale chargée de les détruire, l'équilibre régional serait maintenu sans avoir à porter atteinte au mandat
d'Avigdor Libermann.
Notons enfin que le Président Français pourrait recommander à son homologue Mahmud Ahmadinejad de libérer les prisonniers politiques qui ont refusé d'accepter les résultats faussés des élections
tenues le 12 juin 2009, de tenir compte du résultat véritable en quittant la présidence, de s'excuser pour la répression sanglantes contre ceux qui refusent la manipulation de sa réélection, et
tout au moins d'accepter un recomptage des voix. Sur un plan international, les recommandations pourraient porter sur une renonciation définitive aux ambitions nucléaires, beaucoup gênantes
qu'Avigdor Libermann.
En fin de compte, c'est le principe de l'ingérence qui est problématique. La France n'avait pas apprécié les propos de Sharon en date du 26 juillet 2004, qui avait invité les juifs français à
venir s'installer en Israël en raison de la renaissance fulgurante de l'antisémitisme sur le sol français. Aujourd'hui, le Président Sarkozy n'apprécierait certainement pas que Libermann lui
demande de revenir sur les propos qu'il a tenus devant le Congrès à Versailles le 22 juin 2009, concernant la «Burka» qui n'est pas la bien venue car elle porte, selon lui, atteinte à la liberté
et à la dignité de la Femme, et est un signe d'asservissement et d'abaissement contraire aux valeurs françaises. Il n'en demeure pas moins vrai que ces propos mettent en danger la vie des
français et l'équilibre régional européen puisqu'ils sont considérés comme portant atteinte à l'Islam. Faudrait-t-il y songer sachant qu'Al Qaïda au Magreb islamique a déjà qualifié la France de
«mère de tous les maux», et promis de se venger pour l'honneur de ses sœurs et de ses filles ?