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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Jerusalem : un grand chantier

11 Juillet 2008 , Rédigé par mordehai Publié dans #Société

Quarante trois ans que je vis à Jérusalem et que j’observe sa transformation. Quand j’arrive en 1965 avant la guerre de Six Jours, la population de Jérusalem est alors de 40 000 habitants. Située à l’extrémité du « couloir », la frontière nous rattrape dès que l’on circule, que ce soit au nord, au sud ou à l’est.

Les deux quartiers les plus « rupins » sont alors Talbieh et Rehavia. Nés dans les années 1920-1930, ces deux quartiers sont situés sur des terrains loués à l’Eglise grecque orthodoxe.

A Talbieh, ce sont des Arabes catholiques et protestants de Bethléem, Ramallah et Beit Jalla, médecins, avocats ou personnel proche des Britanniques, qui louent les terrains pour y faire construire de belles villas, et les consulats de Hollande, Hongrie, Iran, Grèce, Turquie et Espagne s’y installent. A Rehavia, le terrain est aussi loué par des Juifs influents, des universitaires, tant de « l’ancien Yishouv » que de Juifs venus d’Europe. En 1933, de nombreux Juifs d’Allemagne s’y installent à la suite de la venue d’Hitler au pouvoir.

Depuis l’Indépendance d’Israël en 1948, la ville s’étend vers l’ouest, avec les quartiers des Katamonim, Rasco, Kiriat Hayovel, Kiriat Menahem, Givat Mordekhaï, tous construits en urgence pour loger les nombreux immigrants des années 50, qui parfois restent des mois sous la tente, ou des années dans des baraquements. A cette époque, il n’est pas question de construire en belles pierres, ni des maisons particulières, et les matériaux ne sont guère de bonne qualité.

Avec la guerre de Six Jours et la prise de la Vieille Ville, la population jérosolémitaine passe en quelques jours de 40 à 160 mille habitants. Jérusalem voit de nombreux bâtiments officiels s’installer au cours des années. Le dernier en date est le ministère des Affaires Etrangères. Jusqu’alors logé dans toute une série de baraquements, il vient de s’installer dans son nouveau bâtiment, laissant le terrain libre aux entreprises pour la construction d’un quartier d’immeubles luxueux à l’entrée de la ville.

Aujourd’hui, la ville compte 730 000 habitants et espère atteindre le million. Des quartiers neufs surgissent dès les années 70, faisant éclater le « corridor » : Ramat Eshkol et Ramot au nord-ouest, Gilo et Har Homa au sud, Neve Yaacov et Pizgat Zéev, Ramot Shlomo au nord. Chacun de ces quartier compte plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Les quartiers construits rapidement et en urgence dans les années 50 sont réaménagés : parcs, trottoirs, les petites maisons simples deviennent des villas, comme dans les Katamonim. Aux grandes « barres » s’ajoutent des pièces sécurisées conformes à la loi depuis 1991 ainsi que des terrasses, le tout recouvert de la belle pierre dorée du pays pour cacher les anciens murs de mauvais béton.

Ces quinze dernières années, le centre de la ville connaît un regain de transformation, c’est un vrai chantier. De chez moi je peux voir les grues qui dominent les toits de la ville. Jérusalem a la fièvre ! Aucun quartier n’y échappe : Nahlaot avec ses petites maisons à un ou deux étages, voit ses maisons achetées par des Américains, friands des plafonds en voûte de l’époque ottomane. C’est la restauration, la modernisation, et on y ajoute un ou deux étages permis par la mairie. Talbieh, à chaque époque, voit se construire des bâtiments culturels ou nationaux : l’Institut Van Leer, le musée de l’Islam, la maison du Président de l’Etat, l’hôtel Inbal, l’Institut Hartman, le Bureau des avocats, le Théâtre Sherover.

Le stade Teddy Kollek et d’autres terrains sportifs sont construits à Malha, tandis que l’YMCA vend ses terrains de sport. Ces transactions permettent la construction de beaux magasins et de logements.

Non loin de là, la célèbre rue Mamilla proche de la porte de Jaffa est enfin en chantier après 40 ans d’attente. De ce qui reste des vieux bâtiments, chaque pierre est numérotée, conservée et replacée au milieu du neuf. Deux nouveaux hôtels feront face au Hilton mis en service il y a quelques années, et la rue Mamilla elle-même devient une allée continue de beaux magasins nouvellement inaugurés.
La mairie y expose les tableaux de ses artistes, et, pendant les Fêtes, des animations attirent les enfants et les clients. Il y fait bon s’asseoir aux terrasses des cafés pour contempler les remparts, ou, les lundis soirs, venir y danser des danses folkloriques et modernes.

La nouvelle galerie marchande Mamilla

A ce même carrefour Mamilla, l’ancien hôtel Palace, employé depuis l’Indépendance d’Israël comme ministère du Commerce et de l’Industrie vient d’être abattu. Seules les belles façades restent debout, soutenues par d’immenses échafaudages de béton et de fer, pendant que tracteurs, camions et marteaux piqueurs creusent le rocher pour y faire les parkings et services divers du futur hôtel. De l’autre côté du Jardin de l’Indépendance, les tours prennent d’assaut le ciel, certaines comme bureaux, d’autres encore en construction comme immeubles d’habitation. A Bakaa avec ses jolies maisons à un ou deux étages,
les propriétaires vendent leur toit aux entrepreneurs pour les surélever encore. Le quartier est aéré, agréable.

 Le kibboutz Ramat Rahel, autrefois à la frontière sud de Jérusalem, n’est plus isolé au milieu de ses vergers. Tout un quartier est déjà en grande partie construit avec beaucoup d’unité. Les quartiers arabes au nord-est de la ville, Issaouié, la partie nord de Siloé, grimpent en hauteur, passant des petites maisons au ras du sol à des immeubles de six étages et parfois davantage. La place manque. Dans les quartiers des Juifs orthodoxes, les familles aux très nombreux enfants ne se contentent plus de rajouter à chaque naissance une terrasse, ou de partager une pièce en deux. Les quartiers de Romema et Makor Baruch abattent leurs immeubles pour les remplacer par de beaucoup plus imposants tant par la hauteur que la largeur. Les petits ateliers vieillots qui disparaissent progressivement, font place aux beaux et grands immeubles.

Ancien ministère du Commerce et de l’Industrie

Les routes suivent évidemment le mouvement. Celles construites pour relier les quartiers neufs sont larges et commodes, celles plus au centre de la ville, sont encombrées de travaux pour l’amélioration de la circulation, particulièrement par la construction du tramway qui sera peut être fini en 2050... C’est aussi l’occasion de refaire à neuf les égouts, les canalisations d’eau, les lignes de téléphone, d’électricité, etc. Tout ceci n’est pas sans faire souffrir la population pendant des mois, voire des années.

Ces dix dernières années, la route Bégin a vu le jour, traversant la ville du nord au sud évitant le centre, avec ses ponts et ses tunnels.

Pour chaque nouvelle étape du développement, on fait appel à des spécialistes de l’étranger qui transmettent leur savoir aux ingénieurs du pays : c’est ainsi que des ingénieurs des Ponts et Chaussées viennent du Canada dans les années 60, d’Italie pour la construction des tunnels, un architecte Catalan pour le « Pont à cordes » de Jérusalem inauguré ce mercredi 25 juin, et un ingénieur français pour la mise en place du premier tramway du pays.

La gare routière est refaite à neuf depuis plusieurs années. Celle du train inaugurée il y a trois ans, alors que l’ancienne gare du temps des Anglais attend sagement des fonds et peut être des idées pour être restaurée.

En prévision d’une nouvelle ligne de chemin de fer, rapide celle-ci, des excavations de 80 mètres de profondeur, face à la gare routière, sont en cours.

Je ne parlerai pas cette fois des travaux archéologiques qui animent aussi la ville, mais ils ne sont guère de moindre importance !

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