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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

« Je suis juif ».

18 Mai 2008 , Rédigé par mordehai Publié dans #Société

Droit de réponse : les derniers mots de Daniel Pearl

JUDEA & RUTH PEARL
, JERUSALEM POST                                     14 mai 2008

Adaptation française de Sentinelle 5768 ©

Un éditorial du ‘Jerusalem Post’ de Larry Derfner ("Les derniers mots de Daniel Pearl, non censurés"), met en question l’héritage public qui a tourné autour des derniers mots de notre fils : « Je suis juif ».

Le monologue de Danny, enregistré sur la vidéo de son meurtre brutal, est fait de deux parties : d’abord, un compte rendu de son passé et de son héritage spirituel, ensuite du matériel de propagande anti-américain.

Il n’y a pas le moindre doute, bien sûr, que Daniel ait pu croire un mot de la partie propagande ; il était un fier Américain, et il détestait toutes les idéologies extrémistes. De plus, il existe plusieurs indices qu’il a essayé de marquer son mépris pour le texte qu’il lisait. D’abord, c’est exprès qu’il prononça mal certains mots (par ex. « Amrika » au lieu d’Amérique) pour nous faire savoir qu’il lisait un texte imprimé, mal prononcé, et que ce n’étaient pas ses mots.   

Ensuite, tout son comportement dans cette scène, pour les familiers de ses manières et de son humour, se situe  au « deuxième degré », comme s’il se moquait des auteurs de ce texte et invitait les spectateurs à être témoins du grotesque de leurs diatribes.

La famille et les amis de Danny se sont toujours demandés ce qui lui donnait la force de garder son calme et sa posture détachée dans ces moments affreux. Toutes les indications pointent vers une explication : on lui avait promis sa libération aussitôt que le film de propagande aurait été fait.

Cette explication était corroborée par deux personnes présentes sur la scène du meurtre, aujourd’hui dans une prison pakistanaise, qui furent interrogées par la police pakistanaise. Ils dirent ensuite aux enquêteurs que, pendant toute se semaine de captivité, ils comprenaient aussi que Danny serait libéré aussitôt que certains « arrangements » seraient faits.

Les choses étaient différentes dans la première partie du monologue, où Danny relate sa foi, son passé et son identité nationale. Nous sommes convaincus que, de sa part, il choisissait ses propres mots, et sa propre histoire. Nous fondons cette conclusion sur les phrases suivantes : « Mon père est juif, ma mère est juive, je suis juif.En remontant dans la ville de Bnei Brak, il existe une rue qui porte le nom de mon arrière-grand-père, Haïm Pearl, qui fut l’un des fondateurs de la ville ».

Les faits révélés dans cette dernière phrase n’étaient pas connus en dehors de notre famille immédiate, et donc, ne pouvaient absolument pas avoir été arrachés par force de Danny. Plus probablement, c’était utilisé comme un code à sa famille pour dire qu’il allait bien et parlait librement avec ses propres mots.

Cette théorie est encore corroborée du fait que la première partie du monologue a été clairement ‘copiée-collée’ à partir d’un enregistrement plus long, car elle est prise sous plusieurs angles. Il apparaît qu’il a pu donner ses antécédents selon ses propres mots, et les assassins coupèrent et firent un ‘copié-collé’ des seules parties qui pour eux, constituaient une justification de leur acte.

Est-ce que la phrase proclamant sa judéïté a été prononcée sous la contrainte ? C’est improbable. Il n’y avait pas nécessité de cacher un fait qu’il n’avait jamais chercher à dissimuler à travers ses voyages au Moyen-Orient ; un fait qu’il affirma fièrement lors d’une réunion à Karachi quelques semaines avant son enlèvement, en réponses à des remarques antisémites de Khalid Khawaja, un sympathisant d’al Qaïda ; un fait connu de ses ravisseurs, de leur propre aveu à la Cour.

Cela fut-il dit par défi ?
Absolument pas. Un homme à qui on promet la liberté s’il joue le jeu ne risquerait pas cette liberté juste pour marquer un point.

Dans l’introduction à notre anthologie ‘Je suis juif : réflexions personnelles inspirées par les derniers mots de Daniel Pearl’ , nous écrivions : « Il ne l’a pas dit sous la contrainte, il ne l’a pas dit par défi ni par bravade. Il l’a dit de sa manière détachée habituelle, légèrement irrité, comme pour dire :’Combien de fois devrai-je me répéter ? Deux plus deux égalent quatre, et je suis juif !’ C’était une affirmation d’identité assertive, pas une confrontation, ni un confession forcée ».

Suivant cette compréhension des circonstances, voilà pourquoi l’héritage spirituel de Danny Pearl est, et doit rester ancré aux mots : « Je suis juif », et pas au matériel de propagande qui l’a suivi. Il est seulement raisonnable que les derniers mots « prononcés librement », et non pas « physiquement libres », soient ceux qui définissent l’héritage spirituel de cette personne.
De nouveau, nous ne faisons pas de tentative de « censurer », « d’abréger », ou « d’arranger » la partie propagande du monologue, telle qu’impliquée dans l’article de M. Derfner ; il est accessible au complet sur beaucoup de sites Internet :
http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1209627025556&pagename=JPost%2FJPArticle%2FShowFull,             

bien que nous le trouvions parfaitement non cohérent avec le message de la vie de Danny, et la tragédie transmise à notre génération.
Cela nous amène à la question centrale soulevée par M. Derfner dans son article : Daniel Pearl est-il un martyr ou un héros ? En d’autres termes : la communauté juive a-t-elle raison de le considérer comme un modèle pour inspirer l’identité juive ?

Notre famille a observe un soin méticuleux à ne pas le décrire comme un super héros sans peur qui, par défi, « crachait aux yeux de ses ravisseurs ». Tout au contraire, des efforts concertés ont été faits pour souligner la vie de Danny, pas sa mort.

Si Daniel Pearl a grandi au point de devenir une légende, ce n’est pas à travers l’héroïsme de sa mort, mais par les principes qui guidaient sa vie, et qui brillaient dans ses écrits et des milliers de ses témoignages, son honnêteté, son attention et son humour, le respect qu’il gagna des deux côtés de la division de l’Orient et de l’Occident, et finalement suivant la fierté naturelle, non héroïque, et pourtant inflexible de son identité juive.
Sa mort a simplement illuminé sa vie.

Et oui, d’une façon subtile, Daniel Pearl a craché aux yeux de ses ravisseurs : non pas dans un accès de défi, mais en pratiquant le ‘tikkun olam’ chaque jour de sa vie, et en affirmant finalement calmement : Je suis juif ! Cela vous devez l’accepter.

Les auteurs sont co-fondateurs de la « Daniel Pearl Foundation » portant le nom de leur fils.
www.danielpearl.org
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