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Imaginez qu'un jour, un président américain dise à un Premier ministre israélien : « L'extrémisme palestinien nuit à la sécurité des États-Unis. Nous avons besoin de vous pour y mettre fin en remportant la victoire sur les Palestiniens. Faites ce qu'il faut en prenant toutes les précautions légales, morales et pratiques. Imposez-leur vos volontés. Inspirez-leur le sentiment de la défaite de sorte qu'ils abandonnent ce rêve, vieux de 70 ans, d'éliminer Israël. Gagnez votre guerre. »
Quelle pourrait-être la réponse du Premier ministre ? Saisirait-il l'occasion pour réprimer les incitations et les actes de violence parrainés par l'Autorité palestinienne (AP) ? Informerait-il le Hamas que chaque agression signifierait l'arrêt temporaire de toutes les fournitures d'eau, de nourriture, de médicaments et d'électricité ?
Ou alors, déclinerait-il l'Offre ?
Mon pronostic : après d'intenses consultations avec les services de sécurité israéliens et des échanges animés lors des réunions du gouvernement, le Premier ministre répondrait au président : « Non, merci. Nous préférons que les choses restent comme elles sont. »
Étant donné la façon dont l'AP et le Hamas s'emploient à éliminer l'État juif, la violence persistante à l'encontre d'Israéliens et la manière dont la propagande palestinienne porte atteinte à l'image d'Israël dans le monde, est-ce vraiment une réponse à laquelle on pourrait s'attendre ? Eh bien oui ! Et ce, pour quatre raisons : une croyance largement répandue chez les Israéliens selon laquelle la prospérité finit par avoir raison de l'idéologie, la fascination produite par la détermination palestinienne, la culpabilité juive et la timidité des services de sécurité. Chacun de ces motifs peut être aisément réfuté.
La prospérité ne met pas un terme à la haine
Pourquoi cet échec ? Le modèle franco-allemand comportait un élément absent du cas israélo-palestinien : la défaite des nazis. La conciliation s'est produite non pas au moment où Hitler était encore au pouvoir mais après la défaite de Hitler et l'anéantissement de son projet. En revanche, la grande majorité des Palestiniens continue à croire qu'ils peuvent gagner (c'est-à-dire éliminer l'État juif). Ils considèrent également avec suspicion les efforts déployés pour développer leur économie : cette situation permettrait à Israël d'établir discrètement un contrôle hégémonique.
Dès 1923, le leader sioniste Vladimir Jabotinsky avait pressenti cet échec, qualifiant de puéril le fait de « penser que les Arabes consentiront de plein gré à la concrétisation du sionisme en échange d'avantages culturels et économiques que nous pourrions leur procurer. »
Plus généralement, l'augmentation des financements octroyés aux Palestiniens n'a pas enfanté l'individualisme ou le consumérisme mais la rage. Comme on pouvait s'y attendre, le fait d'aider un ennemi à développer son économie alors que la guerre est toujours en cours revient à lui fournir les ressources qui lui permettent de poursuivre la lutte. L'argent a alimenté les incitations à la violence, le culte du « martyre » et servi à l'achat d'armes et à la construction de tunnels destinés à commettre des attentats. Il y a dix ans, Steve Stotsky a démontré à quel point il existe une étroite corrélation entre le financement de l'Autorité palestinienne et les attentats visant les Israéliens. À l'aide d'un graphique, il a montré qu'une aide de 1,25 million de dollars se traduisait par le meurtre d'un Israélien supplémentaire.
Malgré la déception constante, le fait que la prospérité des Palestiniens conduise à la conciliation est une croyance israélienne bien ancrée. Manifestement la victoire n'exerce aucun attrait sur des Israéliens qui continuent à croire, avec la force du désespoir, en la magie des belles voitures neuves.
L'histoire montre que les guerres prennent fin non pas en enrichissant l'ennemi mais en le privant de ressources, en réduisant ses capacités militaires, en démoralisant ses partisans, en attisant la révolte du peuple. C'est ainsi que depuis toujours, les armées coupent les voies d'approvisionnement, affament les villes, installent des barrages et appliquent des embargos. À cette aune, si l'État d'Israël venait à engager une guerre de type économique en retenant l'argent des impôts, en refusant l'entrée aux travailleurs et en arrêtant les ventes d'eau, de nourriture, de médicaments et d'électricité, ses actions le conduiraient à la victoire.
Quant à l'argument selon lequel c'est la situation économique désespérée des Palestiniens qui mène à plus de violence, il s'agit d'un canard. Seuls les gens qui gardent l'espoir de gagner un jour continuent à recourir à la violence. En revanche ceux qui ont perdu abandonnent, pansent leurs plaies et commencent à se reconstruire en tenant compte de leurs échecs. Pensons aux États du Sud des États-Unis en 1865, au Japon en 1945 ou encore aux États-Unis en 1975.
La détermination palestinienne
Certains observateurs avancent l'argument selon lequel le sumud (constance) des Palestiniens est trop vivace pour permettre une victoire israélienne. Dans une lettre qu'il m'adressait en avril 2017, l'historien Martin Kramer exposait son point de vue :
En 1948, la moitié de la population palestinienne (700.000 habitants) a pris la fuite. En 1967, avec la fuite de 250.000 Palestiniens de plus, c'est la totalité de la Palestine qui a été perdue. Leur mouvement de « libération » créé ensuite a été conduit par des forces dévastatrices provenant de Jordanie et du Liban. Selon les Palestiniens, les Israéliens ont tué leur héros et dirigeant, Arafat. Pourtant, rien de tout cela ne les a convaincus du caractère définitif de leur défaite. À la lumière de ces événements, je ne vois pas comment les mesures en comparaison modestes qu'Israël peut prendre en temps de paix pourraient les persuader qu'ils ont perdu.
Les Palestiniens reçoivent des coups depuis un siècle et maintiennent leur ligne de pensée. Ils pourront donc endurer tout ce qu'Israël pourra leur faire subir. Quelle que soit la raison – foi islamique, influence persistante d'Amin al-Husseini, réseau de soutien international exceptionnel – ce courage extraordinaire semble indiquer que la détermination palestinienne ne se brisera pas.
Quelle réponse à donner à cette attitude ? Entre 1948 et 1993, Israël était sur la voie de la victoire mais le désastre que représentent les Accords d'Oslo a fait dérailler la machine. En 1993, après la chute de l'Union soviétique et la défaite de Saddam Hussein, la détermination palestinienne était brisée. C'est à ce moment que Yasser Arafat a serré la main du Premier ministre israélien et reconnu l'État d'Israël.
Ensuite, au lieu de bâtir sur cette victoire, les Israéliens se sont retirés unilatéralement de certains territoires (Gaza-Jéricho en 1994, les zones A et B de Cisjordanie en 1995, le Liban en 2000 et Gaza en 2005), jetant la confusion dans l'esprit des Palestiniens qui croyaient avoir gagné. En 2007, après ces différents retraits, Jérusalem a abandonné tout plan à long terme et s'est contentée d'éteindre les incendies. Quel a été ensuite l'objectif d'Israël pour Gaza ? En fait, aucun.
Ainsi donc, l'histoire d'Israël se divise entre 45 années de marche vers la victoire et 25 années de mouvements erratiques. Pour remédier à ces erreurs il faut revenir à l'objectif de la victoire.
La culpabilisation juive
En tant que peuple le plus persécuté de l'histoire – victimes de persécutions religieuses, de racisme, de pogroms et de l'Holocauste – les Juifs ont développé un sens aigu de la moralité. Contraindre les Palestiniens à subir la terrible épreuve de la défaite est une idée à laquelle la plupart des Juifs israéliens et de la diaspora répugnent. Dans leur grande majorité, les Juifs préféreraient utiliser la carotte plutôt que le bâton, la raison plutôt que la coercition.
C'est entre autres ce qui explique pourquoi, durant la guerre entre Israël et le Hamas en 2014, la compagnie d'électricité israélienne a envoyé des techniciens au péril de leur vie réparer des câbles électriques allant vers Gaza et détruits par une roquette du Hamas.
De la même manière, quand au début de 2018, la situation économique à Gaza a empiré, on aurait pu s'attendre à ce que les Israéliens juifs, objets des intentions meurtrières du Hamas, manifestent de l'indifférence voire de la satisfaction face aux problèmes de leurs ennemis. Or, ce ne fut pas le cas. Comme le titrait un journal : « Quand Gaza voit poindre la famine, c'est Israël et non le reste du monde, qui s'avère être le plus inquiet. » Cette attitude avait pour partie des motivations pratiques – l'inquiétude face aux conséquences pour Israël de l'effondrement de Gaza – mais elle avait aussi une dimension morale : les juifs prospères d'Israël ne peuvent pas rester les bras croisés face à des voisins qui, bien qu'hostiles, sont en train de sombrer.
Un autre exemple est survenu plus tard dans l'année 2018, quand le Hamas a mis au point des armes sous forme de cerfs-volants enflammés que Tsahal n'a pu arrêter. Gadi Eizenkot, chef d'état-major de l'armée israélienne, s'en est expliqué lors d'un échange avec le ministre de l'Éducation Naftali Benett dans le cadre d'une réunion à huis clos du gouvernement.
Bennett : Pourquoi ne pas tirer sur quiconque fait usage d'armes aériennes [y compris des ballons et des cerfs-volants] contre nos communautés. Il n'y a pas de restrictions légales. Pourquoi ne pas tirer sur eux plutôt que d'adresser des tirs de sommation ? Il s'agit tout de même de terroristes.
Eizenkot : Je ne crois pas que tirer sur des enfants et des jeunes qui font voler des ballons et de cerfs-volants est la bonne chose à faire.
Bennett : Et qu'en est-il de ceux qui sont clairement identifiés comme étant des adultes ?
Eizenkot : Seriez-vous en train de suggérer de lâcher une bombe sur des gens qui font voler des ballons et des cerfs-volants ?
Bennett : Oui.
Eizenkot : C'est contraire à mon positionnement opérationnel et moral.
Évidemment, ce genre de « positionnement moral » constitue un obstacle à la victoire.
Et pourtant. Alors que les habitudes de votes et les sondages montrent que ce point de vue demeure plus fort que jamais dans la diaspora, particulièrement aux États-Unis, les juifs israéliens ont adopté une opinion plus dure. Une fois que les concessions douloureuses aux Palestiniens ont produit non pas de la gratitude mais de la violence, de nombreux juifs israéliens ont désespéré de la méthode douce et sont devenus prêts à imposer leur volonté aux Palestiniens au moyen de mesures musclées. La réflexion d'Eizenkot a suscité de la colère. Un sondage réalisé récemment a montré que 58 % des Israéliens juifs étaient d'accord avec le fait qu'un « accord de paix ne sera possible avec les Palestiniens que s'ils reconnaissent qu'ils ont perdu la guerre contre Israël. »
Timidité des services de sécurité
Deux organes de sécurité israéliens opèrent côte-à-côte : l'un qui combat pour gagner, se charge de l'Iran et d'autres ennemis éloignés ; l'autre, de type policier, se charge des Palestiniens. Le premier vise la victoire, l'autre l'apaisement. C'est Entebbe face à Jénine. C'est voler les archives nucléaires iraniennes d'une part, et laisser faire les pyromanes aux cerfs-volants d'autre part.
Les responsables en matière de sécurité optant pour la voie défensive ont un poids énorme car c'est souvent eux qui ont le dernier mot dans la politique palestinienne. L'incident sur le Mont du Temple survenu en juillet 2017 en est un exemple. Après le meurtre de deux policiers israéliens par des djihadistes palestiniens à l'aide d'armes cachées sur l'esplanade sacrée, le gouvernement israélien a placé des détecteurs de métaux à l'entrée du Mont du Temple, une mesure en apparence peu susceptible de controverse. Or, le Fatah a demandé le retrait du dispositif et malgré le souhait de la grande majorité de la population et des dirigeants en Israël de voir les détecteurs de métaux maintenus, le dispositif a rapidement disparu. Motif : les responsables de la sécurité – notamment la police, la police des frontières, Shabak, le Mossad et l'armée – ont indiqué que le fait de laisser les détecteurs en place irriterait les Palestiniens et pourrait conduire à des actes de violence, au chaos et même à un effondrement.
Les services de sécurité veulent éviter les agressions au couteau, les attentats-suicides, un barrage de missiles en provenance de Gaza ou encore une nouvelle intifada. Mais surtout, ils craignent l'effondrement de l'Autorité palestinienne ou du Hamas qui obligerait un retour du contrôle direct israélien sur la Cisjordanie et Gaza. Pour reprendre les termes de l'ancien député Einat Wilf :