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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Le mythe palestinien masque le danger réel en Jordanie

26 Juin 2014 , Rédigé par mordeh'ai

Par Marc Brzustowski.

Source : Kobi Michael, Udi Dekel

http://www.jforum.fr/mot/brouillage-des-frontieres

L’électrochoc risque d’être catastrophique pour le Moyen-Orient, mais l’Europe sait déjà -sans l’admettre- qu’elle n’échappera pas, à termes, à l’onde de choc. L’échec du modèle d’Etat-Nation au cœur du monde arabe (Irak-Syrie) se traduit par l’expansion indéfinie des réseaux terroristes. En aucun cas, un Etat stable ne pourra surgir du ventre de la bête immonde terroriste. Au Moyen-Orient, il faut donc tout repenser, depuis le début...

 

La prise de contrôle du nord-ouest de l’Irak par l’Etat Islamique en Irak et au Levant, à la suite de sa conquête d’une partie du Nord de la Syrie, est une preuve supplémentaire de la puissance croissante d’Al Qaïda et de ses supplétifs, dans la poursuite de l’instauration d’un Califat islamiste régional.

Elle représente, pour les Jihadistes radicaux, une nouvelle étape de leur exploitation des faiblesses des gouvernements centraux arabes, les conduisant à une situation d’états faillis. S’emparant de vastes zones à l’abandon, l’EIIL a mis la main sur des infrastructures, des arsenaux d’armes américaines, des sources d’énergie dont la contrebande des dérivés du pétrole, des fonds bancaires, tout en massacrant sans pitié les membres des armées présentes, des groupes ethniques et tribus adverses. Il en tire un encouragement à poursuivre ses réalisations sanguinaires, devant le constat de l’impuissance dont fait preuve la « communauté internationale ».

Disparition des frontières.

 

Ce désir d’instaurer un Califat reposant sur l’application stricte de la Chari’a est marqué par le rejet de l’existence des Etats-Nations et des frontières établies par les puissances coloniales, lors des accords Sykes-Picot (1916 : chute de l’Empire Ottoman). De son côté, l’Iran veut promouvoir son arc chi’ite, qui, lui aussi, transcenderait les anciennes frontières nationales. Ce conflit d’intérêts fait du conflit chi’ites-sunnites le facteur régional le plus significatif et le plus meurtrier pour la région, comme dans les tous premiers temps de l’Islam.

L’offensive jihadiste généralisée en Irak est la conséquence directe de la disparition de la frontière Syrie-Irak et de l’implication du Hezbollah en Syrie, appuyée par l’aide massive de l’Iran et des milices chi’ites irakiennes,. Elle se traduit par la disparition de fait de toute frontière réelle entre la Syrie et le Liban et un accroissement exponentiel des actes terroristes (au moins 3 depuis le week-end dernier).

En contrepartie, sa victoire en Irak a mis le vent en poupe à l’EIIL en Syrie et renforcé sa mainmise sur le secteur Est de ce pays. Par la saisie d’armes américaines, particulièrement, de missiles antitanks et de véhicules blindés, il dispose maintenant d’un arsenal transférable sur le front syrien contre l’armée d’Assad et ses alliés. Des Humvees U.S. ont ainsi fait leur apparition, aux mains des Jihadistes, à Alep.

Malgré la division des forces jihadistes, et alors qu’une partie du Front al Nusra (lié à Al Zawahiri) a prêté allégeance à l’EIIL, ce n’est plus qu’une question de temps, avant que cette organisation ne se prépare à une offensive généralisée dans le Sud de la Syrie et contre sa capitale, Damas.

L’engagement de l’Iran en Irak va probablement déboucher sur le brouillage de la frontière entre le centre de l’Irak et le sud de l’Iran qui, bientôt, ne feront plus qu’un. Chacun des deux camps extrémistes pense donc que c’est sa vision qui va prévaloir, à la seule condition que les frontières soient balayées et que la région soit reconfigurée en une seule et même entité religieuse et politique : la sienne.

Jordanie : Le dernier Bastion

Si les récents évènements débordent à l’intérieur de la Jordanie et que l’EIIL établit des bastions au cœur du royaume hachémite (en particulier, étant donnée la situation économique et démographique délabrée qui résulte de l’afflux d’un million de réfugiés syriens et de milliers de réfugiés irakiens), la Jordanie est susceptible de s’engouffrer dans le chaos, mettant en péril la survie même du royaume. La Jordanie est confrontée à un nombre croissant de cellules des organisations jihadistes qui s’infiltrent en se faisant passer pour des « réfugiés », grâce à des réseaux d’assistance et d’approvisionnement des rebelles en Syrie, présents dans le pays.

Le Chef des forces de l’EIIL à Mossoul a explicitement menace d’envahir la Jordanie et d’éliminer le Roi Abdallah. Bien que l’Arabie Saoudite ait annoncé la nécessité de déployer des tanks pour défendre la Jordanie, Amman ne peut pas uniquement compter sur l’aide saoudienne. Abdallah a besoin d’une assistance immédiate, dans le but d’améliorer ses capacités opérationnelles et de renseignement, afin de sécuriser ses frontières avec la Syrie et l’Irak. Il a aussi besoin d’une aide économique et d’une fourniture constante de pétrole. Qui plus est, la Jordanie a vraiment besoin d’un allié militaire stratégique qui fasse la différence sur le terrain. Bien qu’elle ne puisse pas le reconnaître officiellement, dans les faits, son seul allié militaire stratégique reste Israël, selon toutes les apparences. Mais, par-dessus tout, la Jordanie a besoin de recevoir une aide financière et humanitaire pour être en mesure de gérer l’énorme afflux de réfugiés.

Un test pour la stratégie américaine

Dans son discours de West Point, Obama a déclaré : “La principale menace actuellement, ne provient pas du cercle dirigeant centralisé d’Al Qaïda (Al Zawahiri), mais bien des associés décentralisés d’Al Qaïda (l’EIIL) ». Il a suggéré d’allouer des ressources pour l’entraînement et la reconstruction des capacités des pays-partenaires confrontés aux extrémistes jihadistes sur les lignes de front.

La stratégie de retrait d’Irak se fondait sur le mirage de la construction d’une armée nationale professionnelle. En Syrie, l’Administration devait s’appuyer sur une assistance limitée aux forces d’opposition les plus modérées, pour construire une armée de guérilla capable de combattre le Hezbollah, les forces d’Assad, Al Qaïda et toutes les autres formations islamistes. Cette stratégie s’est effondrée complètement en Syrie, comme en Irak. L’Armée Syrienne Libre s’est désintégrée, face aux forces islamistes, l’EIIL et le Jabhat al Nosra et elle n’a jamais constitué une alternative crédible face au régime Assad. En Irak, l’armée s’’est effondrée aux premiers coups de semonce et a été chassée du nord et de l’ouest du pays, comme une bande de va-nu-pieds, malgré son équipement et son entraînement américain réputés à la pointe.

Par conséquent, la stratégie américaine visant à bâtir des partenaires crédibles n’a pas franchi le test de la réalité. Cet échec patent se conjugue à l’érosion de la dissuasion américaine, depuis qu’Obama –malgré ses menaces explicites – a délibérément choisi de ne pas réagir militairement aux armes chimiques syriennes. Ces options successives pour la passivité ne font qu’ajouter à la colère des alliés de l’Amérique et à leur inquiétude qu’ils seront tous abandonnés, les uns après les autres, le moment venu.

Le Président Obama a ordonné à plus de 300 de ses conseillers militaires d’aller balayer les pots cassés en Irak et l’Administration commence à examiner d’autres” options. Le débat fait rage aux Etats-Unis, quant à une intervention aérienne, appuyée par des forces spéciales, qui ne ferait qu’aggraver la fragmentation de l’Irak, en prenant partie pour l’un ou l’autre des groupes extrémistes en présence, Al Maliki inféodé à l’Iran ou les Sunnites se mélangeant aux Jihadistes. Les frappes pourraient être totalement inefficaces contre des villes mêlant les terroristes au milieu des populations qui ont, essentiellement, des aspirations politiques, du fait de l’attitude sectaire d’Al Maliki à leur encontre. Des drones ne pourront pas, à eux seuls, chasser les Jihadistes des villes. Il faudrait donc la présence de forces spéciales et troupes au sol, à condition d’un centre politique clair à défendre.

Obama ne peut pas mettre tous ses œufs dans le même panier du serpent iranien, s’appuyer sur les Ayatollahs pour stabiliser l’Irak central et du Sud, lui accorder l’accès au seuil du nucléaire, sans se mettre à dos tous les pays sunnites de la région, qui interpréteront ce geste comme une trahison pure et simple de leurs intérêts vitaux.

En réalité, ce liquidateur testamentaire des accords entre empires du XIXè et du XXème siècle, n’est plus en mesure d’en sauvegarder les acquis politiques et il revient aux acteurs régionaux eux-mêmes d’en tirer toutes les conséquences pour se redistribuer les cartes, selon les lignes de force pouvant restaurer une relative stabilité.

Conséquences pour l’avenir :

Les raisons du succès de l’EIIL sont simples :

a) les faiblesses structurelles et fonctionnelles des Etats nations arabes ;

b) l’organisation en réseaux décentralisés de ces mouvements terroristes, qui exploitent et érodent de plus en plus ce qui subsistait de ces Etats centraux, empêchant les armées régulières d’en venir à bout.

c) l’impuissance criante de la communauté internationale, en tout premier lieu, l’hyperpuissance évanescente qu’incarne le « soft-power » négociateur de Barack Obama, qui, d’une part, manque de solutions à apporter et, d’autre part, n’a aucune volonté de se retrouver militairement impliqué.

d) Il est donc devenu évident pour tous que les Etats-Unis sont incapables d’apporter la moindre résolution à aucun problème régional qui se présente au Moyen-Orient. Leurs alliés sont persuadés qu’ils seront abandonnés à leur sort, le jour venu.

Avec les ondes de choc qui traversent les frontières, il est évident que la nation la plus menacée, à ce point précis, est la Jordanie dont les frontières sont faciles à franchir, depuis Israël, l’Autorité Palestinienne et la Péninsule du Sinaï.

Par conséquent, ce dont la région aurait le plus besoin, actuellement, est d’un effort massif et conjoint des Etats-Unis et de l’Europe (avec une implication israélienne faisant profil bas) pour renforcer la Jordanie sur le plan aussi bien militaire qu’économique. Les Sunnites modérés après lesquels courent les Etats-Unis, ont un pouvoir central qui leur ressemble, établi à Amman, qui peut les encourager et les seconder. Autant que de lutter contre Assad, il leur serait impératif de contribuer, en tout premier lieu, à stabiliser l’Irak en reconstituant un camp sunnite plus apte au compromis historique et capable de chasser les Jihadistes. Quoi qu’il en soit, l’Irak comme la Syrie, ne seront plus jamais des Etats centralisés et pluri-confessionnels, sans qu’il soit accordé des prérogatives à chaque groupe ethno-religieux qui les réclament aujourd’hui, par les armes.

Israël doit continuer à se préparer à un scénario dans lequel les récents évènements pourraient déborder à ses propres frontières. Il doit empêcher’ la pénétration et l’influence d’éléments islamo-jihadistes et l’édification de leurs infrastructures dans les zones contrôlées par l’AP -zones A et B qu’il n’a pas l’intention d’annexer-, en aidant celle-ci à conserver des moyens de gouvernance, de sécurité et une économie viable, de façon à ce qu’elle ne soit pas aspirée tête la première dans ce siphon. La neutralisation des organisations-type Hamas, allié des groupes jihadistes du Sinaï, apparaît donc comme une première étape incontournable, avant de discuter de quoi que ce soit d’autre.

Mais le temps semble venu de se préparer, autant sur le plan conceptuel que dans la pratique, à un principe d’organisation de la région Irako-syrienne, qui se traduirait par la dissolution (déjà effective et bien avancée) des Etats-Nations et l’établissement de nations sur une base ethnique :

Alaouites, dans l’Ouest de la Syrie, Kurdistan du nord de l’Irak et de la Syrie ; nation sunnite dans le nord-ouest de l’Irak et le Nord-Est de la Syrie et un Etat chi’ite en Irak central et du Sud. Il pourrait s’avérer que les divisions ethnico-religieuses soient plus naturelles et stables que l’actuelle configuration.

Il en résulterait, assez naturellement, que les grandes familles et tribus palestiniennes seraient intrinsèquement rattachées aux régions et populations dont elles sont originaires, le mirage d’un « Etat-nation » palestinien n’ayant pas plus lieu d’être que les autres, qui, actuellement, s’effondrent et deviennent ce qu’on nomme : des Etats faillis, dans une sorte de jeu de dominos qu’il faut impérativement endiguer, d’abord par le Nord-Est : en s’appuyant sur la résilience kurde et le Sud-Ouest : grâce à la modération du régime jordanien.

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