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Malaassot - le blog de mordehai              -           ! ברוך הבא

Mahmoud Abbas et "l'Etat Juif"

17 Mars 2014 , Rédigé par mordeh'ai

En refusant de reconnaître Israël comme "État juif", le dirigeant palestinien  nie un fait que même Arafat était disposé à admettre.
 
Par Robert Satloff
http://mosaicmagazine.com/picks/2014/03/moving-backward/
Adapté par Mordeh'aï pour malaassot.com
 
Sur mon bureau se trouve une réplique d'un guide touristique imprimé en 1924 par le Conseil suprême musulman de Jérusalem, la plus haute instance communautaire musulmane en Palestine. Des milliers de voyageurs en Terre Sainte dans les années 1920, 1930 et 1940, ont appris par ce guide que le Temple de Salomon, le site le plus sacré dans le judaïsme, a été situé sur le site maintenant occupé par le Haram al-Charif, ou « Noble enceinte » qui comprend le dôme du rocher et la mosquée al-Aqsa.
 
Le fait que le chef du Conseil suprême musulman était hadj Amin al-Husseini, le mufti de Jérusalem nommé par la Grande-Bretagne et père du nationalisme palestinien qui a plus tard collaboré avec les Nazis, a prêté une foi spéciale à cette déclaration de reconnaissance musulmane de la connexion historique juive  à Jérusalem.
 
En juillet 2000, quand le Président Bill Clinton a accueilli à Camp David, un sommet de paix immanquable. Dans une rencontre cruciale, le dirigeant palestinien Yasser Arafat -- qui a effectivement hérité de l'épitoge du pouvoir du muphti -- a rejeté ce que son mentor avait affirmé des décennies plus tôt. L'Envoyé de paix au Moyen-Orient, Dennis Ross plus tard l'a rappelé--qu'Arafat a dit à Clinton que le Temple de Salomon n'a jamais été à Jérusalem. Arafat a suggéré, si toutefois un quelconque temple juif avait existé, il était dans la ville de Naplouse en Cisjordanie. Le sommet s'est effondré dans l'animosité. Dans les semaines qui suivirent, les Palestiniens ont lancé la deuxième Intifada, qui a coûté des milliers de vies et porté un coup terrible aux perspectives de paix.

 

Le Président Barack Obama s'apprête à recevoir son hôte, Mahmoud Abbas à la maison blanche ce lundi, au milieu d'une violente poussée de tensions entre Israël et les islamistes radicaux de la bande de Gaza, l'histoire est peut être sur le point de se répéter. Une fois de plus, un dirigeant palestinien prend une position de rejet encore plus dur que son prédécesseur.

 

La question d'aujourd'hui est celle de l'«Etat juif». C'est un raccourci pour la demande d'Israël que les Palestiniens acceptent expressément que l'objectif des négociations actuelles est la reconnaissance mutuelle de deux États indépendants et souverains -- la Palestine, État-nation du peuple palestinien et  Israël, Etat-nation du peuple juif. Abbas a confirmé la semaine dernière qu'il refuserait catégoriquement une telle formule: «En Aucun cas», dit-il. Le fait qu'il est, comme Obama l'a dit, le dirigeant palestinien le plus modéré, avec qui Israël n'a jamais traité; mais il n'a seulement pas prêté attention à la gravité de ce point de vue extrémiste qu'Abbas a adopté .

 

Il est difficile de comprendre ce qui émerge de tout ce remue-ménage. Israël, bien sûr, a été construit par des Juifs comme un refuge pour des Juifs. La résolution de l'ONU de 1947 a donné une imprimatur internationale  à la partition de la Palestine du mandat britannique, elle a mentionné les dizaines de fois l'expression «État juif». Les enquêtes d'opinion réalisées par le sondeur palestinien Khalil Shikaki, au cours de la dernière décennie, sans l'appui public d'Abbas, montrent que 40 à 52 pour cent des Palestiniens accepteraient la reconnaissance d'Israël comme «État juif» -- il est important de noter ces niveaux de soutien.

 

Même Arafat, le super-nationaliste, l'avait compris. Le même Arafat qui a rejeté l'idée d'un lien historique juif à Jérusalem et orchestré de nombreuses attaques terroristes dans sa lutte acharnée contre Israël a accepté la réalité contemporaine qu'Israël -- que ça lui plaisait ou pas -- etait l'« État juif ». Et il l'a dit publiquement, au moins à trois reprises.

 

  • Le 18 novembre 1988, dans les premiers jours de la première révolte palestinienne, Arafat a convoqué le Conseil National palestinien, le Parlement de l'organisation de libération Palestine (OLP), afin d'émettre une déclaration d'indépendance. Ce document, un hybride palestinien des déclarations américaines et israéliennes de l'indépendance, a proclamé la création d'un Etat palestinien fondé sur la résolution des Nations Unies «qui a partagé la Palestine en un Etat arabe et un État juif».

 

  • Cette description n'était pas simplement anodine, mais plutôt la position réfléchie des dirigeants palestiniens de l'époque. Le 8 décembre 1988, le New York Times l'a rapporté lors d'une conférence de presse, qu'Arafat,avait tenu avec plusieurs militants américains de la paix. Lors de cet événement, Arafat a déclaré: « Nous acceptons deux États, l'état de Palestine et l'État juif d'Israël ».

 

  • Seize ans plus tard, dans une interview publiée le 17 juin 2004, Arafat a réaffirmé sa position. Le Quotidien israélien de gauche Haaretz lui a demandé s'il comprenait qu' "Israël doit rester un Etat juif", le chef de l'OLP a répondu: « Certainement ». Il a plus tard  dit au journaliste qu'il était « évident et manifeste » que le problème des réfugiés palestiniens doit être résolu d'une manière qui ne change pas le caractère juif d'Israël par le retour d'un afflux de millions de Palestiniens  .

 

Assez raisonnablement, les Palestiniens se demandent pourquoi aujourd'hui Israël insiste sur la reconnaissance de son statut d'«État juif», alors que les dirigeants israéliens n'ont pas fait cette demande au cours des pourparlers de paix avec l'Egypte ou la Jordanie. La raison en est - les conflits avec ces pays n'étaient, au moment des pourparlers de paix, que des conflits essentiellement territoriaux, résolus à travers le dessin équitable de frontières et la création d'arrangements de sécurité mutuellement satisfaisante.
 
Le conflit israélo-palestinien est plus profond -- il est existentiel. Bien que beaucoup de Palestiniens soupçonnent qu'Israël leur refusera toujours l'indépendance, l'idée ancrée dans l'esprit de beaucoup d'Israéliens est que les Palestiniens ont un plan à long terme de détruire Israël. La reconnaissance formelle d'Israël comme la maison nationale légitime du peuple juif, qui existe côte à côte avec le foyer national légitime du peuple palestinien, apaiserait de loin ces craintes. Abbas refusant toujours d'offrir cette reconnaissance ne fait qu' accroitre ces craintes.
 
Peut-être les refus d'Abbas sont tactiques -- une tentative d'obtenir des concessions d'Israël en échange de dire les mêmes mots qu'Arafat a prononcé il y a quelques années. Ou peut-être son refus est aussi réel et de mauvaise augure comme le refus d'Arafat d'accepter une alliance juive avec Jérusalem.
 
À son crédit, Obama a compris l'importance cruciale de la question d'«État juif». Malgré la pression qu'il a exercé sur Israël pour arrêter la construction à Jérusalem, de libérer des terroristes emprisonnés ou de faire des concessions douloureuses dans les pourparlers de paix, le Président ne s'est jamais démenti depuis sa qualification de « l'État juif d'Israël. »
 
Cette position sera mise à l'épreuve lors de la réunion d'Obama avec Abbas ce lundi. Le président devra faire face à un choix: il peut rédire que même l'emblématique Arafat a reconnu Israël comme l'Etat juif, et rappeler à Abbas les années perdues et les vies gaspillées depuis la dernière fois que le dirigeant palestinien a pris une posture plus dure que son prédécesseur -- affichant ses récents avertissements publics en Israël -- menaçant Abbas d'un avenir terrible d'isolement et d'insignifiance, si il ne sait pas saisir cette occasion pour la paix. Sinon, il ne pourrait pas éviter à Abbas de perdre le renom de modéré pour ses positions de rejet.
 
Pour un président confronté par ailleurs à des métaphores du passé --Vladimir Putin à un Adolf Hitler, retour de la guerre froide-- Comment Obama abordera la question de l'«État juif» lors de sa rencontre avec Abbas, permettra-t-elle de déterminer si, dans le contexte israélo-palestinien, l'histoire avance ou une fois de plus recule.
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